La paix sans le Christ est une paix vaine

Afin de contrer la compréhension erronée de la notion de paix que le système impose à nos esprits, il est bon de se rappeler quel fut l’enseignement de l’Eglise à ce sujet au cours des siècles et qui tient en quelques mots : une vraie paix ne saurait être que la paix du Christ.
Le détail de cet enseignement et ses principaux arguments ont été synthétisés par le pape Pie XI dans son encyclique Ubi Arcano Dei du 23 décembre 1922, dont le sujet était, en sous-titre, la paix du Christ par le règne du Christ.
J’ai tenté dans cet article d’isoler ce qui me paraissait les passages les plus instructifs de l’encyclique pour expliciter les fondements sur lesquels s’appuie la démarche de l’Eglise.
C’est donc très majoritairement sa Sainteté Pie XI qui aura la parole dans cet article.

Rappelons d’abord que nous nous situons en décembre 1922, soit à peine 4 ans après la fin de la grande guerre, et que ses effets et conséquences, qui seront dramatiques pour l’avenir, nous le savons, sont déjà visibles et sensibles, ce qui fait dire au pape :
 » C’est un fait évident pour tous : ni les individus, ni la société, ni les peuples n’ont encore, après la catastrophe d’une pareille guerre, retrouvé une véritable paix ; la tranquillité active et féconde que le monde appelle n’est pas encore rétablie. « 

Le pape alors donne le plan de son argumentation :
– mesurer l’étendue de la crise,
– en rechercher les causes et les origines,
– pour pouvoir y appliquer les remèdes appropriés.

 

L’étendue de la crise

  » Les prophètes ont des mots qui s’appliquent et conviennent merveilleusement à notre époque : Nous attendions la paix et nous n’avons rien obtenu de bon ; le temps du remède et voici la terreur (Jér. 8:15) ; le temps de la guérison et voici l’épouvante (Jér. 19:19). Nous attendions la lumière, et voici les ténèbres… ; le jugement et il n’y en a pas ; le salut, et il s’est éloigné de nous (Is. 59, 9-11).  »
Après avoir décrit sommairement la situation internationale, notamment au Proche-Orient, le pape en tire les conclusions :
 » Il en résulte que des inimitiés et des attaques réciproques entre Etats empêchent les peuples de respirer ; et ce ne sont pas seulement les vaincus qui sont aux prises avec les peuples vainqueurs, mais les vainqueurs eux-mêmes se traitent mutuellement en ennemis, les plus faibles se plaignant d’être opprimés et dépouillés par les plus forts, et ceux-ci se déclarant victimes des haines et des embûches des plus faibles. Ces pénibles conséquences de la dernière guerre, tous les pays sans exception les ressentent. « 

A ce premier fléau, il en constate un second, celui de la guerre civile, qui semble être le monopole du communisme :
« Aux inimitiés extérieures entre peuples viennent s’ajouter, fléau plus triste encore, les discordes intestines qui mettent en péril les régimes politiques et la société même.
Il faut signaler en premier lieu cette lutte des classes qui, tel un ulcère mortel, s’est développé au sein des nations, paralysant l’industrie, les métiers, le commerce, tous les facteurs, enfin, de prospérité privée et publique. »
Le communisme, qu’il qualifiera plus tard d’intrinsèquement pervers dans l’encyclique par laquelle il le condamnera, se répand hélas dans toutes les sphères de la société jusqu’à son cœur :
 » Or, fait très déplorable, ce mal s’est infiltré jusqu’aux racines profondes de la société, c’est à dire jusqu’à la cellule de la famille. « 

Enfin, il perçoit le mal suprême qui dépasse tous les autres :
 » Comme pour mettre le comble à tous les maux que Nous avons rappelés, viennent s’en ajouter d’autres qui « échappent à l’homme animal » (1 Cor. 2, 14), mais doivent être mis au nombre des pires fléaux de l’heure présente. Nous voulons parler des ravages exercés spécialement dans l’ordre spirituel et surnaturel ; comme ils mettent en jeu la vie des âmes, on voit tout de suite qu’ils dépassent en gravité la perte des biens extérieurs dans la mesure même où l’esprit est supérieur à la matière. « 

 

Les causes et les origines

 » Tout d’abord, il Nous semble entendre le divin consolateur et médecin des infirmités humaines affirmer de nouveau : Tous ces maux procèdent du dedans (Marc 7:23).
Un pacte solennel, sans doute, a scellé la paix entre les belligérants ; mais cette paix a été consignée en des instruments diplomatiques, elle n’a pas été gravée dans les cœurs, et c’est dans les cœurs que couvent encore, à l’heure actuelle, des passions belliqueuses qui sont chaque jour plus néfastes pour la société. Trop longtemps a partout triomphé le droit de la force. Insensiblement il a émoussé les sentiments de bonté et de miséricorde mis au cœur de l’homme par la nature, et perfectionnés par la loi de la charité chrétienne. Ces sentiments, la réconciliation dans la paix, toute artificielle et non réelle, est loin de les avoir remis en honneur. Chez la plupart, la haine entretenue durant de longues années a créé comme une seconde nature ; c’est le règne de la loi aveugle que saint Paul gémissait de voir contrarier dans ses propres membres la loi de l’esprit. Aussi, trop souvent, l’homme voit-il dans son semblable non un frère, comme l’ordonne le Christ, mais un étranger et un ennemi ; on ne fait presque aucun cas de la dignité de la personne humaine même ; il n’y a que la force et le nombre qui comptent ; chacun s’efforce d’écraser son prochain, afin de jouir le plus possible des biens de cette vie.
Partout on trouve le dédain des biens éternels que le Christ ne cesse d’offrir à tous par son Eglise, et une soif insatiable de posséder les biens éphémères et caducs d’ici-bas.
Or ces biens matériels ont pour effet, si on les recherche avec excès, d’engendrer des maux de tout genre et tout d’abord la corruption des mœurs et la discorde. « 

Ce matérialisme effréné qui déjà séduisait les populations d’après-guerre et qui trouve dans le communisme sa religion , ne l’oublions pas (qui fait du matérialisme athée un idéal, un but et une idole), est basé, Pie XI le rappelle ensuite, sur les trois concupiscences :
 » On ne saurait, en effet, imaginer peste plus mortelle que la concupiscence de la chair, c’est à dire la recherche effrénée du plaisir, pour bouleverser non seulement la famille, mais les Etats mêmes ; la concupiscence des yeux, c’est à dire la soif des richesses, donne naissance à cette lutte acharnée des classes, attachées chacune outre mesure, à ses avantages particuliers ; quant à l’orgueil de la vie, c’est à dire la passion de dominer tous les autres, il a en propre d’inciter les partis politiques à des guerres civiles si âpres qu’elles ne reculent ni devant les attentats de lèse-majesté, ni devant le crime de haute trahison, ni jusqu’au meurtre même de la patrie.
C’est à ces convoitises déréglées, se dissimulant, pour donner le change, sous le voile du bien public et du patriotisme, qu’il faut attribuer sans contredit les haines et les conflits qui s’élèvent périodiquement entre les peuples.  »
 » La justice fait la grandeur des nations, le péché fait le malheur des peuples (Prov. 14:34). « 

Pie XI va alors développer la cause réelle et sérieuse à l’origine du malheur du temps présent, depuis un bon siècle, qui n’a fait que s’aggraver tout au long du XXè siècle pour arriver au paroxysme actuel :
 » Bien avant que la guerre mit l’Europe en feu, la cause principale de si grands malheurs agissait déjà avec une force croissante par la faute des particuliers comme des nations, cause que l’horreur même de la guerre n’aurait pas manqué d’écarter et de supprimer, si tous avaient saisi la portée de ces formidables événements. Qui donc ignore la prédiction de l’Ecriture : ceux qui abandonnent le Seigneur seront réduits à néant (Is. 1:28) ? Et l’on ne connaît pas moins l’avertissement si grave de Jésus, Rédempteur et Maître des hommes : sans moi vous ne pouvez rien faire (Jean 15:5), et cet autre : celui qui ne recueille point avec moi dissipe (Luc 11:23). « 

 » De tout temps ces oracles divins se sont vérifiés, mais la vérité n’en a jamais avec une telle évidence éclaté aux yeux de tous que de nos jours. C’est pour s’être misérablement séparés de Dieu et de Jésus-Christ que de leur bonheur d’autrefois les hommes sont tombés dans cet abîme de maux ; c’est pour la même raison que sont frappés d’une stérilité à peu près complète tous les programmes qu’ils échafaudent en vue de réparer les pertes et de sauver ce qui reste de tant de ruines.
Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l’autorité ne tirant plus son origine de Dieu mais des hommes, les lois ont perdu la garantie de sanctions réelles et efficaces ainsi que des principes souverains du droit qui, aux yeux mêmes de philosophes païens comme Cicéron, ne peuvent dériver que de la loi éternelle de Dieu ; bien plus, les bases même de l’autorité ont été renversées dès là qu’on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d’obéir pour les autres. Inéluctablement il s’en suivit un ébranlement de la société tout entière, désormais privée de soutien et d’appui solides, livrée en proie aux factions qui briguaient le pouvoir pour assurer leurs propres intérêts et non ceux de la patrie. « 

 » On décida de même que Dieu ni le Seigneur Jésus ne présideraient plus à la fondation de la famille, et l’on fit rentrer dans la catégorie des contrats civils le mariage, dont le Christ avait fait un grand sacrement (Eph. 5:32) et qui, dans sa pensée, devait être le symbole saint et sanctificateur du lien indissoluble qui l’unit lui-même à son Eglise. Aussi, dans les masses populaires s’obscurcissent les idées et les sentiments religieux que l’Eglise avait infusées à la cellule-mère de la société qu’est la famille ; la hiérarchie et la paix du foyer disparaissent ; l’union et la stabilité de la famille sont de jour en jour compromises ; le feu des basses convoitises et l’attachement mortel à des intérêts mesquins violent si fréquemment la sainteté du mariage, que les sources mêmes de la vie des familles et des peuples en sont infectées. « 

 » Enfin, on a paru exclure Dieu et le Christ de l’éducation de la jeunesse ; on est arrivé, et c’était inévitable, non pas tant à supprimer la religion dans les écoles qu’à l’y faire attaquer à mots couverts ou même ouvertement ; les enfants en ont conclu qu’ils n’avaient rien ou pour le moins fort peu à attendre, pour la conduite de la vie, de cet ordre de choses, qu’on passait absolument sous silence ou dont on ne parlait qu’avec des termes de mépris. Et, de fait, si Dieu et sa loi sont proscrits de l’enseignement, on ne voit plus comment on peut demander aux jeunes gens de fuir le mal et de mener une vie honnête et sainte, ni comment préparer pour la famille et la société des hommes de mœurs rangées, partisans de l’ordre et de la paix, capables et à même de contribuer à la prospérité publique.  »
Un des conséquences de cet enseignement laïc si contraire à l’esprit et aux mœurs chrétiens sera la fabrication de génération entières d’hommes égoïstes, égocentriques, cyniques, menteurs et jouisseurs, préférant sacrifier le bien commun à leurs intérêts, ce qui donne, par exemple, les grévistes d’aujourd’hui.

Et le pape de conclure :
 » Puisqu’on a renié les préceptes de la sagesse chrétienne, il n’y a pas lieu de s’étonner que les germes de discorde semés partout, comme en un sol bien préparé, aient fini par produire cet exécrable fruit d’une guerre qui, loin d’affaiblir par la lassitude les haines internationales et sociales, ne fit que les alimenter plus abondamment par la violence et le sang. « 

 

Les remèdes : la paix du Christ et son Eglise

Fort de ces constats et de ces analyses, Pie XI expose alors le seul remède possible et envisageable, parce que divin dans son essence même, à rappeler aux populations chrétiennes et à faire connaître aux païens.

 » La tâche qui s’impose avant toute autre, c’est la pacification des esprits. Il y a bien peu à attendre d’une paix artificielle et extérieure qui règle et commande les rapports réciproques des hommes comme ferait un code de politesse ; ce qu’il faut, c’est une paix qui pénètre les cœurs, les apaise et les ouvre peu à peu à des sentiments réciproques de charité fraternelle. Une telle paix ne saurait être que la paix du Christ : et que la paix du Christ apporte l’allégresse en vos cœurs (Col. III, 15) ; il ne peut y avoir de paix autre et différente que celle que le Christ donne lui-même aux siens (Jn XIV, 27), lui qui, comme Dieu, voit dans les cœurs (I Samuel XVI, 7) et règne dans l’intime des âmes. C’est d’ailleurs à bon droit que le Seigneur Jésus appelait cette paix sa paix à lui, car il fut le premier à dire aux hommes : Vous êtes tous des frères (Matth. XXIII, 8) ; c’est lui qui a promulgué la loi de l’amour et du support mutuel entre tous les hommes, et la scella pour ainsi dire de son sang : Mon précepte à moi est que vous vous aimiez les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés (Jn, XV, 12) ; Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (Gal. VI, 2). « 

  » Il découle de là clairement que la paix authentique du Christ ne saurait s’écarter de la règle de la justice, puisque c’est Dieu qui juge la justice (Ps. IX, 5) et que la paix est œuvre de justice (Isaïe XXXII, 17). Mais encore cette justice ne doit-elle pas adopter une brutale inflexibilité de fer ; il faut qu’elle soit dans une égale mesure tempérée par la charité, cette vertu qui est essentiellement destinée à établir la paix entre les hommes. « 

Voilà le premier secret de la véritable paix : elle est « proprement et tout spécialement un acte de charité  » résume Pie XI en citant la Somme Théologique.

Et le second secret, tout aussi essentiel à connaître, c’est de savoir d’où vient la charité :
 » A cette paix du Christ, qui, fille de la charité, réside dans les profondeurs de l’âme, est applicable la parole de saint Paul sur le royaume de Dieu, car c’est précisément par la charité que Dieu règne dans les âmes : le royaume de Dieu n’est ni mets ni breuvage (Rom. XIV, 17). En d’autres termes, la paix du Christ ne s’alimente point de biens périssables, mais des réalités spirituelles et éternelles dont le Christ lui-même a révélé au monde et n’a cessé de montrer aux hommes l’excellence et la supériorité. C’est en ce sens qu’il disait : Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il perd son âme ? Ou que pourra-t-il donner pour racheter son âme ? (Matth. XVI, 26.) De même il a indiqué la persévérance et la fermeté d’âme dont le chrétien doit être animé : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre à la fois le corps et l’âme dans la géhenne (Matth. X, 28 ; Lc. XII, 4, 5).  »
Eh oui, la charité provient des biens spirituels que seuls les sacrements de la Sainte Eglise peuvent nous procurer et dont les effets se concrétisent dans les actes de la vie courante. Voilà pourquoi il n’y a pas de paix sans charité et pas de charité sans Jésus-Christ.

 » Ce n’est pas que celui qui veut goûter la paix du Christ soit tenu de renoncer aux biens de cette vie ; loin de là, le Christ lui-même les lui promet en abondance : Cherchez tout d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tous ces biens vous seront donnés par surcroît (Matth. VI, 33 ; Lc. XII, 31). Seulement la paix de Dieu surpasse tout sentiment (Phil. IV, 7), et c’est pourquoi précisément elle commande aux appétits aveugles, et ignore les discussions et discordes que ne peut manquer d’engendrer la soif des richesses. « 

 » Que la vertu mette un frein aux convoitises, que l’on accorde aux biens spirituels la considération qu’ils méritent, et l’on obtient tout naturellement cet heureux résultat que la paix chrétienne assure l’intégrité des mœurs et met en honneur la dignité de la personne humaine, rachetée par le sang du Christ, adoptée par le Père céleste, consacrée par les liens fraternels qui l’unissent au Christ, rendue par les prières et les sacrements participante de la grâce et de la nature divines, en attendant que, en récompense d’une sainte vie ici-bas, elle jouisse éternellement de la possession de la gloire du ciel. « 

 » Nous avons déjà montré qu’une des causes principales du chaos où nous vivons réside dans ce fait que de graves atteintes ont été portées au culte du droit et au respect de l’autorité, – ce qui s’est produit le jour où on s’est refusé à voir en Dieu, Créateur et Maître du monde, la source du droit et de l’autorité. « 

Tout naturellement, l’Eglise s’impose comme étant la seule institution valable pour communiquer aux hommes les vertus qui leur permettront d’établir une paix durable, puisqu’elle est la création du Christ en personne, une œuvre humaine mais instituée divinement pour transformer le monde.
Le pape Pie XI l’explique très justement :
 » Remarquons par ailleurs ce fait : sa doctrine et ses préceptes touchant la dignité de la personne humaine, la pureté des mœurs, le devoir de l’obéissance, l’organisation divine de la société, le sacrement de mariage et la sainteté de la famille chrétienne, tout cela et l’ensemble des vérités qu’il avait apportées du ciel sur la terre, le Christ ne l’a confié en dépôt qu’à son Eglise seule, avec la promesse formelle qu’il l’aiderait et serait avec elle à jamais, et il lui a donné mission de l’enseigner, en un magistère infaillible, à toutes les nations jusqu’à la fin des siècles.

Cette observation fait entrevoir tout de suite quels puissants remèdes peut et doit offrir l’Église catholique pour la pacification du monde.
Ayant été seule constituée par Dieu interprète et gardienne de ces vérités et de ces préceptes, l’Eglise seule aussi jouit à jamais du pouvoir efficace d’extirper de la vie publique, de la famille et de la société civile, la plaie du matérialisme, qui y a déjà opéré tant de ravages ; d’y faire pénétrer les principes chrétiens, bien supérieurs aux systèmes des philosophes, sur la nature spirituelle ou l’immortalité de l’âme ; d’opérer le rapprochement de toutes les classes de citoyens, et d’unir le peuple tout entier par les sentiments d’une profonde bienveillance et par une certaine fraternité (S. Aug., de Moribus Ecclesiæ Catholicæ, I, 30) : de défendre la dignité humaine et de l’élever jusqu’à Dieu qui voit les cœurs, et conforme à ses enseignements et à ses préceptes, que le sentiment sacré du devoir soit la loi de tous, particuliers et gouvernants, et même des institutions publiques ; et qu’ainsi le Christ soit tout et en tous (Col. III, 11).

L’Eglise, qui détient la vérité et le pouvoir du Christ, a seule mission de donner aux esprits la formation qui convient ; elle est aussi seule en mesure non seulement de rétablir aujourd’hui la véritable paix du Christ, mais encore de la consolider pour l’avenir en conjurant les menaces imminentes de nouvelles guerres que Nous avons signalées. Seule, en vertu d’un mandat et d’un ordre divin, l’Eglise enseigne l’obligation pour les hommes de conformer à la loi éternelle de Dieu toute leur activité, publique aussi bien que privée, en tant que particuliers comme en tant que membres de la collectivité : par ailleurs, il est évident que ce qui a trait au sort du grand nombre a une importance beaucoup plus grande.
Le jour où Etats et gouvernements se feront un devoir sacré de se régler, dans leur vie politique, au dedans et au dehors, sur les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ, alors, mais alors seulement, ils jouiront à l’intérieur d’une paix profitable, entretiendront des rapports de mutuelle confiance, et résoudront pacifiquement les conflits qui pourraient surgir. « 

Que l’on ne se méprenne pas sur le rôle de l’Eglise ; elle ne cherche pas à fusionner les pouvoirs religieux et séculier, mais elle a un rôle de gardien de la Vérité et de l’intégrité morale des peuples, voilà ce que rappelle avec justesse Pie XI :
 » Encore que, de par sa mission divine, elle ait directement en vue les biens spirituels et non les biens périssables, l’Eglise —  tous les biens se favorisant et s’enchaînant les uns les autres —  n’en coopère pas moins à la prospérité, même terrestre, des individus et de la société, et cela avec une efficacité qu’elle ne pourrait surpasser si elle n’avait pour but que le développement de cette prospérité.
Certes, l’Eglise ne se reconnaît point le droit de s’immiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles et purement politiques, mais son intervention est légitime quand elle cherche à éviter que la société civile tire prétexte de la politique, soit pour restreindre en quelque façon que ce soit les biens supérieurs d’où dépend le salut éternel des hommes, soit pour nuire aux intérêts spirituels par des lois et décrets iniques, soit pour porter de graves atteintes à la divine constitution de l’Eglise, soit enfin pour fouler aux pieds les droits de Dieu lui-même dans la société. « 

Quand on voit l’absence du rappel des droits de Dieu mais au contraire l’insistance de l’Eglise et de ses pontifes depuis le concile Vatican II pour les droits de l’homme, on mesure l’étendue de la trahison et le chemin parcouru dans toute la chrétienté par les idées maçonniques, alors qu’elles se heurtent pourtant frontalement. Ceci explique aussi la mollesse des réactions de l’Eglise quant à ces lois et décrets iniques qui pullulent aujourd’hui ; mais on ne peut pas servir deux maîtres à la fois, il faut choisir entre Dieu et le monde. Hélas, tous les pontifes conciliaires ont choisi le monde, il suffit de comparer leurs discours avec ceux de leurs prédécesseurs pour en constater l’évidence.

 

3ème remède : le règne du Christ

Les deux premiers remèdes, indispensables à la paix, n’ont qu’un seul but en définitive : instaurer le règne du Christ, seul garant du véritable bonheur sur terre et surtout, de la vie éternelle.

 » Il ne saurait donc y avoir aucune paix véritable —  cette paix du Christ si désirée —  tant que tous les hommes ne suivront pas fidèlement les enseignements, les préceptes et les exemples du Christ, dans l’ordre de la vie publique comme de la vie privée ; il faut que, la famille humaine régulièrement organisée, l’Eglise puisse enfin, en accomplissement de sa divine mission, maintenir vis-à-vis des individus comme de la société tous et chacun des droits de Dieu.
Tel est le sens de notre brève formule : le règne du Christ.

 Jésus-Christ, en effet, règne d’abord sur tous les hommes pris individuellement : il règne sur leurs esprits par ses enseignements, sur leurs cœurs par la charité, sur toute leur vie enfin quand elle se conforme à sa loi et imité ses exemples.
Jésus-Christ règne ensuite dans la famille lorsque, ayant à sa base le sacrement du mariage chrétien, elle conserve inviolablement son caractère d’institution sacrée, où l’autorité paternelle reflète la paternité divine qui en est la source et lui donne son nom (Eph. III, 15), où les enfants imitent l’obéissance de Jésus adolescent, et dont toute la vie respire la sainteté de la Famille de Nazareth.
Jésus-Christ règne dans la société lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, elle reconnaît que c’est de lui que dérivent l’autorité et ses droits, ce qui donne au pouvoir ses règles, à l’obéissance son caractère impératif et sa grandeur ; quand cette société reconnaît à l’Eglise son privilège, qu’elle tient de son Fondateur, de société parfaite, maîtresse et guide des autres sociétés ; non que l’Eglise amoindrisse l’autorité de ces sociétés —  légitimes chacune dans sa sphère, —  mais elle les complète très heureusement, comme le fait la grâce pour la nature ; d’ailleurs le concours de l’Eglise permet à ces sociétés d’apporter aux hommes une aide puissante pour atteindre leur fin dernière, qui est le bonheur éternel, et les met plus à même d’assurer le bonheur de leurs membres durant leur vie mortelle.
Il apparaît ainsi clairement qu’il n’y a de paix du Christ que par le règne du Christ, et que le moyen le plus efficace de travailler au rétablissement de la paix est de restaurer le règne du Christ. « 

 

Conclusion

Le discours de Pie XI en 1922 démontrant que la paix véritable ne peut trouver sa source que dans le Christ est en contradiction directe avec celui de ses successeurs depuis le concile Vatican II.
Un pape ne peut pas aller à la tribune des Nations Unies et saluer en cette Assemblée une institution travaillant à la paix dans le monde sans rappeler, comme Pie XI l’a fait dans cette encyclique, que les Etats ont pour devoir sacré, s’ils veulent vraiment œuvrer à la paix et au bien commun, de se régler sur les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ. Or aucun des papes du concile étant allés à l’ONU, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et François ne l’ont fait, trahissant de fait autant la doctrine séculaire de l’Eglise que les instructions de son propres fondateur : Jésus-Christ.
Un pape ne peut aller cosigner avec un musulman une déclaration sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde, comme l’a fait François en février 2019, d’une part parce qu’une fois de plus il est illusoire d’œuvrer à la paix sans la baser sur le Christ et l’Eglise, et d’autre part parce que c’est de l’hypocrisie pure que de cosigner un tel document avec une religion qui ne cache pas son hostilité au christianisme. Le témoignage récent de la pakistanaise Asia Bibi ou la situation au Moyen-Orient sont suffisamment édifiants sur le sort réservé aux chrétiens en terre musulmane.

Mais l’apostasie de l’Eglise depuis le concile n’est pas seulement préoccupante et consternante, elle est surtout dangereuse car elle conduit à une nouvelle théologie sur laquelle repose tout son discours. Cette théologie est celle d’une religion de l’homme à la place de la religion de Dieu. En 1922, le pape Pie XI ne se contente pas de relier la paix au Christ, il explique au monde que seule la chrétienté le conduira vers le bonheur, ici-bas comme éternel, parce qu’elle prend sa source dans Dieu lui-même, Jésus-Christ, et que cette source est unique, non négociable et non remplaçable.
Aujourd’hui, les discours des papes conciliaires, et particulièrement de François, relativisent les vertus chrétiennes en affectant de croire que celles-ci sont partagées par tous, comme si les sacrements et les enseignements du Christ n’avaient aucun effet sur la vie intérieure. Par exemple, dans son message pour la 52è journée mondiale de la paix (1er janvier 2019), le pape François parle de « Charité et vertus humaines pour une politique au service des droits humains et de la paix. »
Il met donc sur le même plan et accorde la même valeur à la charité chrétienne et aux vertus humaines, alors que, on l’a vu avec Pie XI, les cœurs ne peuvent être transformés que par le Christ. Un chrétien, et a fortiori un pape, ne peut pas parler de vertus humaines mais de vertus chrétiennes parce que le Christ lui-même en a révélé l’excellence et la supériorité, et que ces vertus s’obtiennent, grandissent et se fortifient par la vie de la grâce, elle-même obtenue par la prière et la pratique des sacrements.
Ainsi, quand dans le même discours, François précise sa pensée -« C’est un programme dans lequel peuvent se retrouver tous les politiciens, de n’importe quelle appartenance culturelle ou religieuse, qui souhaitent œuvrer ensemble pour le bien de la famille humaine, en pratiquant ces vertus humaines qui sous-tendent le bon agir politique : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté, la fidélité.« -, il défend une logique qui n’a plus sa source dans le Christ mais dans les hommes. Toujours cette religion de l’homme où effectivement, si le Christ n’est plus la base, alors oui, ces vertus humaines peuvent être partagées par des hommes de n’importe quelle appartenance culturelle ou religieuse. Mais alors, dans ce cas-là, à quoi sert le christianisme ? Qu’apporte de plus Jésus-Christ aux hommes si ces derniers, sans lui, ont déjà les vertus nécessaires ? Toute personne sensée conviendra ici que ce discours n’est pas celui d’un chrétien, et qu’il est en contradiction flagrante avec les propos de Pie XI sur le même sujet, sur lequel il a pourtant été très clair : ce qu’il faut, c’est une paix qui pénètre les cœurs, et une telle paix ne saurait être que la paix du Christ.
Et n’oublions pas que Pie XI donne, parmi les principales causes de tous ces malheurs, le fait que les hommes se soient misérablement séparés de Dieu et de Jésus-Christ : or n’est-ce pas exactement ce que continue à faire François en prônant des attitudes et des hommes manifestement séparés de Dieu et de Jésus-Christ puisque leur appartenance religieuse n’a pas d’importance ? Et plus grave, François attribue aux vertus humaines la même valeur qu’aux vertus chrétiennes, contredisant là encore l’enseignement de tous ses prédécesseurs sur l’apport décisif du Christ et de ses sacrements dans l’acquisition desdites vertus.

Confusion, trahison, grand remplacement des idées et des doctrines, voilà la réalité du combat et des poisons qui affectent l’Eglise aujourd’hui. C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire de prendre connaissance des discours et de la doctrine des papes d’avant le concile, et de rappeler avec force, arguments à l’appui, que la seule paix véritable vient du Christ et qu’il n’y a de paix du Christ que par le règne du Christ.

 

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1 051 Commentaires

  1. Suzanne

    Le coronavirus a du bon ! Article dans Gloria Tv :
    « La première Eucharistie dans la cathédrale protestante Saint-Pierre à Genève, en Suisse, depuis la Réforme, prévue pour le 29 février, a été reportée au 30 mai.
    Les autorités locales ont interdit tout rassemblement de plus de 1 000 personnes en raison du coronavirus. Il est peu probable que l’événement aurait attiré autant de monde.
    Les organisateurs avaient annoncé à l’avance que « personne » ne se verrait refuser la communion. Genève est le lieu où le révolutionnaire Jean Calvin était actif. »

  2. Souri7

    Combien est-il nécessaire de savoir comment accomplir la Volonté divine pour ne pas tourner en rond… Ce temps de Carême 2020 y est plus que propice.

    François-Régis Wilhélem
    AGIR DANS L’ESPRIT…
    À LA SUITE DE THÉRÈSE D’AVILA

    CHAPITRE III : LES PURIFICATIONS DE L’APÔTRE, UNE  » PÂQUE DE L’ACTION  »

    « Dieu nous purifie en nous faisant travailler, en nous faisant marcher » (P. Marie-Eugène)0. C’est bien l’expérience d’Abraham (cf. Gn 17, 1 : « Marche en ma présence et sois parfait ») ; celle de Moïse et du peuple au désert ; celle aussi de saint Paul… et finalement de tout disciple du Christ. Un passage du livre des Actes concernant l’Apôtre illustre bien le thème des purifications apostoliques : « Cet homme m’est un instrument de choix… Je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom » (Ac 9, 15-16). Les souffrances de Paul sont à la fois purificatrices et rédemptrices, elles entrent dans le champ de la pédagogie divine qui ne cesse de se façonner « un instrument de choix » en le fondant au creuset de l’amour (car c’est l’amour qui purifie) en vue de l’édification du Royaume. Dieu donc, ne purifie pas seulement dans l’oraison et la contemplation, mais en faisant travailler pour lui.
    Sans doute est-il nécessaire d’expliquer davantage ce que l’on entend par « purification ». Saint Jean de la Croix va nous y aider.
    http://www.clerus.org/clerus/dati/2001-12/07-6/Adle.htm

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