Société de consommation ou société de perdition ?

B-acquinJe ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ces quelques extraits du livre de Bertrand Acquin « Ce soir l’Apocalypse » (éditions l’Age d’homme). Non pas que celui-ci contiennent des révélations fracassantes, mais c’est une analyse minutieuse, objective et particulièrement fouillée de ce qui constitue « les derniers temps », démonstration et preuves à l’appui.
Un vrai régal.

L’auteur analyse notamment la constitution de cet effarant monde moderne dans lequel nous vivons, en s’appuyant lui-même sur d’autres citations fort à propos. Mais laissons la parole à Bertrand Acquin :

« Je voudrais attirer l’attention de ceux de mes lecteurs dont l’âge avoisine les 40 ans [ces lignes datant de 2004, j’en fais donc partie] afin de leur faire prendre conscience qu’ils sont la première génération dans l’histoire qui soit née en même temps qu’une civilisation qui n’avait jamais existé auparavant, à savoir celle de la consommation systématisée. »

« L’apparition sans crier gare de cette consommation à outrance constitue une rupture avec le processus évolutif normal, conséquence immédiate de cette autre rupture que fut la seconde guerre mondiale par l’apparition de ce que l’on a appelé la guerre totale. (…) Cette civilisation de consommation est un pur produit dérivé de la guerre totale, c’est-à-dire un processus destiné à la destruction massive. »

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Il cite ensuite un texte de Bokar Rimpoché, un des grands maîtres de la méditation bouddhiste. Je ne suis pas un adepte du bouddhisme, piège anti-chrétien pour perdre les âmes, mais toutes leurs réflexions ne sont pas non plus à jeter, la preuve :
« La civilisation dans laquelle vous êtes nés vous libère de toutes sortes de contraintes matérielles. Voilà une chance indiscutable car votre esprit est théoriquement disponible… donc plus ouvert à la méditation, à la compassion envers les autres… La recherche du bonheur « pratique » semble être le moteur de votre vie, et vous spéculez vous-même sur vos satisfactions futures… Tout serait pour le mieux si votre calcul était juste et rentable, si votre aisance, vos possessions et la somme de vos satisfactions vous donnaient le bonheur. Au lieu de cela, ces satisfactions vous frustrent… et dans l’espoir de résoudre vos frustrations, vous courez auprès de nouveaux biens matériels, auprès de nouveaux projets spéculatifs, qui jamais ne suffisent à étancher ce que vous croyez être votre besoin.
Ceux qui façonnent votre société l’ont bien compris. Les objets matériels ne sont plus créés pour subvenir à des besoins, mais poursociete-de-conso2 susciter votre demande. Aujourd’hui, vos industriels ne se disent plus : quels sont les besoins de nos semblables ? Ou : comment soulager les peines inutiles ? Mais : comment créer un besoin artificiel ? Quels sont les objets inutiles que nous pourrions rendre désirables ?
Aujourd’hui, pour la première fois dans votre histoire, vous pensez que vos enfants seront moins heureux que vous ne l’avez été. »

Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’en plus, on vous impose l’obsolescence. Un produit ne fonctionne plus ou se détériore, on ne le répare plus, on le remplace. Vous n’avez même plus le choix : le réparateur ne veut pas réparer et surtout, il ne sait plus réparer. On achète de la merde très cher (merci l’euro !) et en plus, on est obligé de la remplacer à court terme. Et c’est valable pour tout : appareils électroniques, ordinateurs, meubles en kit, vêtements, jusqu’aux bâtiments, déjà nases quelques années après leur construction.

Bertrand Acquin cite ensuite des extraits du livre du publicitaire Frédéric Beigbeder (99 francs, Grasset), qui lui, au moins, a le mérite de ne pas se cacher :
« Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l’univers. Je suis le type qui vous vend de la merde, qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais. (…)
Je m’arrange toujours pour que vous soyez frustrés. Je vous drogue à la nouveauté, et l’avantage avec la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais neuve (…). Dans ma profession personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas.
Votre désir ne vous appartient plus : je vous impose le mien… C’est moi qui décide aujourd’hui ce que vous allez vouloir demain… (…)
Pour réduire l’humanité en esclavage, la publicité a choisi le profil bas, la souplesse, la persuasion. Nous vivons dans le premier système de domination de l’homme par l’homme contre lequel même la liberté est impuissante. Au contraire, il mise tout sur la liberté, c’est là sa plus grande trouvaille.
N’est-il pas effarant de voir à quel point tout le monde semble trouver normale cette situation ? »

Et Bertrand Acquin d’enfoncer le clou :
«  La consommation est devenue notre oxygène existentiel, à tel point que les manipulateurs publicitaires dépensent des sommes inouïes non pour présenter les produits, mais pour mieux conditionner notre inconscient via des messages plus subliminaux que rationnels ou informatifs. (…)
Et c’est précisément là que réside le piège, car on ne demande plus au consommateur de réfléchir : transformé en pur objet consommant, il faut augmenter sa robotisation passive et lui éviter tout effort « pensant » afin qu’en achetant cash ses nounours sécurisants, il soit complètement assisté dans son rêve ludique… et qu’il en redemande. »

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Et de faire également une sortie bien pensée sur le téléphone portable :
« Il y a là un symbole de la futilité de nos temps, de ce gaspillage faussement communicatif, faussement rassurant et créateur d’angoisses dans un futur immédiat : au train où vont les choses, personne ne va pouvoir accepter la moindre minute de solitude, et le recours au verbiage-portable va encore augmenter l’angoisse… car la solitude peut être porteuse de plénitude, alors que le verbiage n’est qu’une exacerbation camouflée de l’isolement. (…)
Le téléphone portable concerne spécialement le processus de perversion du verbe, au même titre qu’Internet, les e-mails et autres à venir, et il constitue désormais un des principaux diffuseurs du verbiage babélien destructeur, sous couvert de sa pseudo contribution à faciliter la communication, à rompre la solitude, ou à être l’ange gardien des situations extrêmes : en fait, il n’est qu’un accélérateur du processus de dissolution annoncé par René Guénon. »

Vous l’avez compris : nous nous perdons dans le cloaque infâme d’une vie futile entièrement basée sur un matérialisme pervers, qui nous pousse à la passivité face à un système totalitaire dont on ne sait plus se passer.

Ce système, il a un nom : vivre selon la chair. Et le remède a un nom aussi : vivre selon l’esprit. Laissons donc le mot de la fin à Saint Paul, qui nous expliquait déjà cela très bien il y a 2000 ans (Galates 5,17) :
« Frères, je vous le dis : vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu; alors vous n’obéirez pas aux satisfactions égoïstes de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez. Mais en vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sous la contrainte de la Loi.
On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, meurtres, colère, envie, divisions, sectarismes, rivalités, orgies et beuveries et tous les excès du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Mais voici ce que produit l’Esprit : charité, amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, grandeur d’âme, fidélité, modestie, tempérance, chasteté et maîtrise de soi.
Face à tout cela, il n’y a plus de loi qui tienne. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses mauvais instincts » [c’est à dire qu’il rejettent ou tempèrent les désirs de la chair. Allez expliquer cela à l’homo occidentalis consommatus. Il en perdrait son latin.]

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3 Commentaires

  1. Virginie

    L’intrigue de mon roman récemment publié sur amazon, L’ENVERS DES CORPS de Virginie PAQUIER, a pour point de départ un questionnement sincère sur le devenir de notre société de consommation. Là, je vous pousse à le consommer, c’est vrai.

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