Le piège tendu à Poutine

Avez-vous remarqué la distorsion entre les discours occidentaux et le discours russe ? L’écart est impressionnant du fait que l’un des camps masque soigneusement les réels enjeux et acteurs du conflit, tandis que l’autre prend bien soin d’élargir ce dernier à ce qui constitue l’enjeu majeur qui oppose les deux blocs.

D’un côté les Américains et leurs alliés européens axent leur discours presque exclusivement sur la guerre en Ukraine, répétant en boucle les mêmes idées : l’intervention militaire russe en Ukraine est un conflit injustifié et disproportionné entre une puissance de premier plan et un pays souverain, qui justifie le soutien de l’agressé (l’Ukraine) par l’Occident, tant de façon humanitaire qu’économique et militaire, ainsi que la prise de sanctions de grande ampleur vis à vis de l’agresseur (la Russie) afin de le contraindre à mettre fin à ce qui est considéré comme une agression.

De l’autre côté, les Russes répondent sur un tout autre terrain : ils dénoncent l’impérialisme et l’hégémonisme des Etats-Unis et de leurs alliés (l’ensemble étant dénommé l’Occident), et leur volonté d’imposer au monde entier un monde unipolaire (le leur), face à un autre projet, celui des russes et d’autre pays alliés ou amis, de nature multipolaire selon leurs dires.
Ce discours russe n’est pas sous-entendu ni suggéré : il est prononcé très clairement et sans ambiguïté autant par le Président russe Vladimir Poutine, que par ses proches collaborateurs, à commencer par Sergeï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères et ce pas seulement en Russie mais aussi à la tribune de l’ONU et partout où ils en ont l’occasion.

Je ne crois pas que les gens se rendent bien compte de la situation ; déjà il faudrait qu’ils prennent connaissance des discours prononcés par les russes au lieu de suivre les comptes-rendus tronqués et déformés des médias occidentaux, quand ils en font.
Parce que d’un côté nous avons un Occident qui répète que faire la guerre à l’Ukraine c’est pas bien, et qu’à ce titre, et sans tenir compte de la position russe, ils préfèrent lui faire une guerre par procuration mais sans merci, par le soutien militaire à l’Ukraine, en coupant tous les ponts avec elle (l’arrêt des approvisionnements énergétiques n’en est que le volet le plus visible) et en lui interdisant, par les sanctions, l’accès à l’essentiel du commerce international et des transactions financières.
Et d’un autre côté, la Russie leur dit, et nous dit, que la guerre ne se situe pas sur sa seule intervention en Ukraine, mais sur deux visions du monde antagonistes, sur deux types de Nouvel Ordre Mondial qui s’affrontent et qui ne veulent ou ne peuvent cohabiter.

Je vais redire les choses encore différemment : l’Occident explique en substance que l’adversaire de la Russie c’est l’Ukraine, et sous-entendu lui-même puisqu’il soutient l’Ukraine, et la Russie répond qu’au-delà de l’Ukraine, le moment est venu de choisir entre deux types de civilisations, et que le véritable affrontement se situe sur ce choix de civilisation.

Or cette dimension du conflit est soigneusement cachée aux peuples occidentaux par leurs gouvernements et l’essentiel de leurs médias, alors que le peuple russe, lui, en a conscience.

Bien sûr, les dirigeants russes ne peuvent que souhaiter, du moins dans leurs discours, que cette question soit réglée à l’amiable ; en d’autres termes, ils disent aux Américains et aux Européens : « Personne ne vous empêche de construire votre monde unipolaire, mais gardez-le pour vous, ne nous l’imposez pas et laissez-nous construire de notre côté, avec nos pays amis, le monde multipolaire dont nous rêvons. De gré ou de force ».
Le problème c’est qu’en s’engageant en Ukraine, Vladimir Poutine savait que l’enjeu n’était pas la protection des populations pro-russes du Donbass, mais qu’il s’agissait d’un message vis-à-vis de l’Occident, et que ce message était le suivant : « nous avons décidé de nous opposer par la force à votre monde unipolaire et de construire, par la force s’il le faut, notre monde multipolaire« .
Et l’Occident a bien compris le message d’où sa réaction violente et disproportionnée par Ukraine interposée, qui sert de prétexte autant pour les deux camps.
Sauf qu’aujourd’hui une guerre n’est plus seulement militaire, les armes sont multiples : elles sont économiques, financières, énergétiques, culturelles, démographiques, cybernétiques, spatiales et même révolutionnaires (déstabilisation de l’adversaire par la création de conflits internes et locaux, c’est à dire de guerres civiles avec parfois tentative de renverser le pouvoir en place). Si la façon de faire la guerre a évolué, ce n’est pas seulement à cause de l’hypocrisie, du mensonge et de la subversion dominantes de notre civilisation, mais aussi parce que les belligérants disposent de l’arme nucléaire, ce qui oblige à réduire, voire repenser, les affrontements militaires directs. Et puis ce que l’on peut faire à l’échelle d’un pays n’est pas répétable à un continent ou à un groupe de pays.

Donc il faut avoir à l’esprit :
– que la guerre désormais emploie quantité d’armes différentes non militaires, mais ça reste des armes, tout autant destructrices, si ce n’est plus ;
– que l’hypocrisie et la dissimulation rentrent dans le cadre de l’utilisation de ces armes et en font même partie intégrante ;
– que le 24 février Poutine et ses alliés, réels ou supposés, ont déclaré la guerre à l’Occident et à son hégémonie, ils n’arrêtent pas de le dire ;
– qu’il s’agit d’une guerre à mort car, on l’a vu à la réaction dudit Occident, non seulement il refuse de lâcher prise, ou du lest, mais il écarte toute concession et toute négociation ;
– que les dirigeants autant occidentaux que russes ou eurasiatiques en sont conscients, tous savent que l’enjeu se situe dans les choix civilisationnels qui se posent pour l’humanité, et que le conflit a toutes les chances de s’étendre à terme à la planète parce qu’il s’agit d’un enjeu qui concerne toute l’humanité.

Les deux principales inconnues qui se posent sont :
– Nos dirigeants nous expliqueront-ils clairement ces enjeux un jour ? Je pense que non et qu’il faudra toujours compter sur une hypocrisie dominante nous obligeant à lire entre les lignes ;
– Et les deux camps parviendront-ils à s’entendre pacifiquement sans recourir à la guerre totale, objectif qu’ils affichent tous les deux pour la bonne forme ? Là aussi j’en doute, et le contexte eschatologique me porte à le penser car par ce biais, la domination de la Bête touche à sa fin.

Approfondissons maintenant le message des russes puisqu’ils sont les seuls à être honnêtes et démonstratifs sur la question.

Un exemple d’hypocrisie occidentale

Juste pour montrer que nos dirigeants nagent dans l’hypocrisie et le déni des faits, j’ai choisi un extrait significatif, tiré du discours prononcé par le président français Emmanuel Macron le 20 septembre 2022, il y a un mois, lors de l’ouverture de la 77è Assemblée générale des Nations-Unies, devant un parterre de 150 chefs d’Etats et de gouvernements (donc les 3/4 des pays).

Axant une partie de son discours évidemment sur l’Ukraine, le président français, parlant au nom de l’Occident (« nous« ) présenta ce dernier comme recherchant activement la paix en citant trois types d’actions entreprises :
« La recherche de la paix par les initiatives prises au cours des années et des mois qui ont précédé le conflit, pour l’éviter ;
La recherche de la paix depuis le 24 février par le soutien humanitaire, économique et militaire que nous apportons au peuple ukrainien pour exercer son droit de légitime défense et préserver sa liberté;
La recherche de la paix par notre condamnation de l’invasion d’un état souverain, de la violation des principes de notre sécurité collective, des crimes de guerre commis par la Russie sur le sol ukrainien, et par notre refus de l’impunité ».

Ceci est un sommet de mensonge et d’hypocrisie.
Sur le premier point, Poutine lui répondra le 27 octobre dans son discours au club Valdaï ce que nous avions tous remarqué : « L’Occident a fait un certain nombre de pas vers l’aggravation ces dernières années et surtout ces derniers mois. En fait, ils jouent toujours pour aggraver la situation. »
Sur le second point, il faudrait qu’on nous explique en quoi soutenir un pays militairement est vecteur de paix ? Cette façon d’agir attise au contraire la guerre et lui permet de perdurer et de s’envenimer. Comme pour le premier point, on a ici un décalage flagrant entre les paroles et les actes : ils disent rechercher la paix et ils donnent comme exemple d’actions allant dans ce sens des actes de guerre. On se demande s’ils ont conscience de leur hypocrisie.
Et le troisième point montre et prouve que l’Occident n’envisage ce conflit que d’un seul point de vue, celui de l’Ukraine. Or quand il y a deux acteurs dans un conflit, il faut tenir compte des arguments des deux, sinon il y a déséquilibre et risque de parti-pris. Comment voulez-vous rechercher la paix en condamnant unilatéralement un seul des deux belligérants ? Et en plus en le traitant de criminel de guerre devant l’AG de l’ONU ? Et enfin en le menaçant, car déclarer que l’Occident refuse l’impunité, c’est annoncer une punition et des sanctions à venir. Nous avons donc dans une seule phrase destinée soi-disant à rechercher la paix, trois affirmations qui ne peuvent qu’attiser la guerre et contredisent le but recherché.

Je crois qu’on a même dépassé à ce stade la simple notion d’hypocrisie ; je crois que les dirigeants occidentaux, qu’il s’agisse de Joe Biden, d’Emmanuel Macron et des autres, sont tellement aveuglés par leur haine qu’ils ne perçoivent plus les contradictions qu’ils prononcent dans une même phrase ; je crois que cette haine n’est pas simulée mais véritable, et qu’elle existe parce que Poutine et la Russie se présentent comme un obstacle à leur hégémonie et surtout à leur modèle civilisationnel, et que de ça, il n’en est pas question, et qu’ils préfèreront tout faire sauter, y compris eux-mêmes, plutôt que d’y renoncer.
D’où leur haine palpable, leur mauvaise foi évidente, leurs contradictions permanentes, l’écart entre les intentions affichées et les actions entreprises ; ils ne peuvent plus cacher qu’il leur faut éliminer la Russie, non pas seulement en tant que concurrent, mais comme adversaire. Vae Victis, malheur aux vaincus est leur cri de guerre et du cœur.

Mais que refuse la Russie ?

Bien que ceci soit répété et expliqué très régulièrement par les Russes depuis le début du conflit, les médias internationaux n’en parlent quasiment pas.
Pourtant, trois jours après Macron, toujours dans le cadre de l’ouverture de la 77è session des Nations-Unies, le ministre des affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, le 24 octobre, a prononcé un discours axé essentiellement sur ce sujet, résumé par ses premières phrases :
« Aujourd’hui la question de l’ordre mondial qui se dessine est claire pour tout observateur impartial : elle est de savoir si cet ordre mondial est un ordre nouveau, démocratique, juste, un monde sans chantage, sans que l’on ait besoin de faire peur à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous, sans néocolonialisme ; ou le monde que nous avons aujourd’hui, l’ordre hégémonique, qui contraint tout un chacun à vivre selon certaines règles, même si l’on n’est pas d’accord avec ces règles. La Russie a choisi d’avoir, avec nos alliés et partenaires et les pays qui partagent nos idéaux, nous souhaitons voir ce monde advenir. Ce qui ne nous convient plus, c’est ce modèle unipolaire du développement mondial, qui ne sert que les intérêts de l’Occident. »

Pourquoi Lavrov parle-t-il du type de Nouvel ordre mondial qu’ils souhaitent et non pas de l’Ukraine?
Pourquoi rejettent-ils le modèle occidental ?

Vladimir Poutine nous l’explique dans son discours du 27 octobre 2022, il y a quelques jours, devant le club de Valdai (traduction complète ici). En voici quelques extraits, ils sont révélateurs et cette fois-ci, ce n’est pas de la langue de bois.

Poutine accuse l’Occident de « nier la souveraineté des pays et des peuples, leur identité et leur singularité, et n’accorde aucune valeur aux intérêts des autres Etats. »
Il utilise la notion de dérèglement climatique, très en vogue chez les occidentaux, pour montrer que le dérèglement est en réalité multiple : « L’une des conséquences les plus dangereuses du dérèglement écologique est la réduction de la biodiversité dans la nature. Et j’en viens maintenant au sujet principal pour lequel nous sommes tous réunis : l’autre diversité -culturelle, sociale, politique, civilisationnelle » est-elle moins importante ?« 

Il qualifie les occidentaux d’adversaires ! Le mot est fort et significatif, et il le souligne lui-même ; or il est très important de connaître leur état d’esprit : « en imposant leurs valeurs, leurs stéréotypes de consommation, leur uniformisation, nos adversaires, et je les appellerai ainsi sans ambages... ». Poutine sait que ce discours sera retransmis et traduit dans le monde entier, il faut donc être très attentif aux mots employés et aux idées explicitées, car il les formule volontairement, autant pour les siens que pour nous.

Pour résumer, ses principales accusations envers les Occidentaux sont :
– d’avoir construit « un modèle de mondialisation néocolonial par essence, raciste, fondé sur l’unification, sur le monopole financier et technologique, sur l’effacement de toutes les différences. »
– de chercher à détruire ceux qu’ils n’aiment pas ;
– d’être devenus des despotes (mot exact qu’il leur attribue !) intransigeants : « ils ont atteint le point d’absurdité où tout point de vue alternatif est déclaré comme de la propagande subversive et une menace pour la démocratie » ;
– d’avoir introduit « la culture de l’effacement » (appelée aussi wokisme) « qui est en fait une véritable suppression de la culture (…) et ne permet pas à la libre pensée de se développer dans aucun domaine, ni en politique, ni en économie, ni en culture » ;
– d’avoir imposé leur modèle de démocratie : « ils ont répété au monde entier qu’il n’y avait pas d’alternative à la démocratie« , mais « ils ont rejeté toutes les autres variantes et formes de démocratie avec mépris » ;
– d’être devenus fous ! « de manière générale, ils sont juste fous, ils n’ont honte de rien« , et d’être dangereux pour le monde : « ils n’ont aucune idée de création et de développement positif. Ils n’ont tout simplement rien à offrir au monde, si ce n’est la préservation de leur domination« , sachant, dit-il ailleurs, que « l’humanité a maintenant essentiellement deux choix : soit continuer à accumuler les problèmes qui nous anéantiront inévitablement, soit essayer de trouver ensemble des solutions » : oui vous avez bien lu, si on laisse faire les Occidentaux, on finira tous par être anéantis et ce de façon certaine ! Or c’est un chef d’Etat en guerre qui prononce de telles paroles !
– d’introduire de « nouvelles tendances étranges comme le genre et les défilés de la gay pride » ; ici il ne s’étend pas sur le sujet mais prononce un ferme refus : « ce qu’ils n’ont pas le droit de faire, c’est d’exiger que les autres prennent la même direction » ;
– d’êtres instables et indignes de confiance : « ils font ce qu’ils veulent, il n’y a aucune stabilité dans quoi que ce soit. »

Le piège tendu à Poutine

Alors, quel est le bilan après de tels reproches ?
Bien sûr que pour la forme, Vladimir Poutine précise que « La Russie ne se considère pas comme un ennemi de l’Occident » bien qu’il les ait traités plus haut d’adversaires, et que « la Russie ne défie pas les élites de l’Occident, elle défend son droit d’exister et de se développer librement« , mais on sent bien qu’il n’y a plus d’alternative, que pour lui, même s’il ne veut pas remplacer une domination par une autre, il y a de toute façon obligation pour les Occidentaux de changer de modèle ou du moins de méthode. Ecoutons cet extrait de sa conclusion :

« La période historique de domination sans partage de l’Occident sur les affaires mondiales touche à sa fin, le monde unipolaire appartient au passé. Nous nous trouvons à un tournant historique. La décennie qui s’ouvre devant nous est peut-être la plus dangereuse, la plus imprévisible et la plus importante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Occident est incapable de diriger seul l’humanité, mais il tente désespérément de le faire, et la plupart des nations du monde ne sont plus disposées à le supporter. (…) Cet état de fait est lourd de conflits mondiaux ou d’une chaîne de conflits, ce qui constitue une menace pour l’humanité, y compris l’Occident lui-même. »
Il y a dans ces quelques phrases la clé de la guerre actuelle et de l’avenir du monde : la Russie est en guerre contre l’Occident et non contre l’Ukraine seule, elle veut stopper son hégémonie qu’elle relègue déjà au passé, et compte soulever le monde entier contre cette dictature planétaire de l’Occident.
Voilà le véritable enjeu, c’est une guerre à mort entre un Occident dominateur et autoritaire et un Orient qui a décidé de s’affranchir de cette tutelle, par la guerre s’il le faut.

Je dis bien qui a décidé et non qui cherche à : le 24 février la décision a été prise de dire à l’Occident, je répète les mots de Poutine, que sa période historique de domination sans partage sur les affaires mondiales touche à sa fin, voilà pourquoi l’Occident a immédiatement enclenché une guerre impitoyable et à mort contre la Russie, impressionnante par son ampleur (même si les armes utilisées sont, pour le moment, économiques, financières, énergétiques avant d’être militaires, quoique, elles le sont aussi via l’Ukraine), dans le but premier, outre d’affaiblir l’économie russe, d’impressionner et d’intimider les alliés potentiels de la Russie (Chine, Inde etc).

Bien sûr que la Russie était prête à subir le choc des sanctions et que leur impact est limité par le mode de vie, plus simple et plus austère, de la population russe comparé à nos standards occidentaux. Mais on oublie deux choses :
– D’une part on raisonne sur la base d’une économie de paix, alors qu’une économie de guerre nécessite d’énormes besoins et pour la satisfaction desquels les blocages internationaux se feront cruellement sentir ; l’Occident joue donc une guerre d’usure dont il ne peut sortir que gagnant à long terme, il suffit de contraindre la Russie à engager toujours plus de moyens (dans le conflit ukrainien ou d’autres…), ce qu’il parvient parfaitement à faire via l’énorme aide tous azimuts fournie à l’Ukraine. Or la Russie pour le moment n’est pas encore entrée en économie de guerre, donc les sanctions semblent avoir une portée limitée ; oui mais les russes savent qu’à terme le piège se refermera sur eux, et qu’il sera destructeur si rien n’est fait pour se désenclaver.
– Et surtout les gesticulations de l’Occident ont pour but de freiner l’enthousiasme des alliés potentiels de la Russie, de leur faire renoncer à soutenir la Russie et (sous-entendu) son projet multipolaire. Le message est très clair : toute nation qui s’engagera aux côtés de la Russie encourt les mêmes tourments : sanctions économiques et financières, ruptures d’approvisionnements (énergétiques, alimentaires, technologiques…), mise à l’écart du circuit économique et financier mondial, ce qui implique un appauvrissement rapide des populations (inflation, famine, krachs financiers…) d’où des risques de conflits internes (révoltes, guerres civiles), sans compter le conflit militaire possible, ainsi que les accusations -dorénavant très rapides on a pu le constater- de crimes de guerres, voire de crimes contre l’humanité, ce qui implique une condamnation mondiale du régime, des dirigeants et du pays entier, et une mise au ban de la société mondiale. Quel dirigeant aujourd’hui voudrait prendre de tels risques ? Si l’Occident se permet d’être aussi dur avec un pays majeur tel que la Russie, que fera-t-il avec un autre de moindre importance ou même équivalent ? La Chine et l’Inde, principaux alliés potentiels de la Russie, dépendent aussi très largement de l’économie mondiale : se fâcher avec leurs gros clients posera certes de gros problèmes à ceux-ci, mais entraînera aussi un effondrement de leurs propres économies et le risque évident d’une explosion interne. Qui peut se permettre de prendre un tel risque ? Quel pays possède une population prête à de tels sacrifices ? Se réjouir d’un possible effondrement de l’Occident est une chose, mais si c’est pour vivre chez soi la même chose, la perspective est moins encourageante.

Ainsi donc l’Occident avec sa dramatisation et sa sur-exagération permanentes, ajoutant sanction sur sanction, multipliant sans fin les aides à l’Ukraine, affichant un double jeu (discours de paix dans les bouches et actes répétés de guerres dans les faits) qui trompe peut-être les populations mais pas les gouvernements, désorganisant volontairement le commerce et les approvisionnements mondiaux, quitte à entrer eux-mêmes en récession, joue en réalité un jeu très efficace : celui de paralyser et de terrifier tous les alliés possibles de la Russie, afin de l’isoler complètement.
Si elle est isolée, elle est fichue.

Et la Russie, de son côté, ne peut réussir ses objectifs que si elle parvient à bout de l’Occident, et elle ne peut pas le faire seule : tout l’enjeu pour elle est de convaincre les multipolaires de s’engager à ses côtés afin de faire basculer le rapport de forces en sa faveur.
On dit qu’au jeu d’échecs, celui qui commence la partie possède un coup d’avance ; je pense sincèrement que c’est l’Occident qui a joué le premier, en forçant la Russie à intervenir en Ukraine, et que c’est lui qui a un coup d’avance.

Ils ont forcé ainsi la Russie à se découvrir, à avouer que l’enjeu pour elle est d’empêcher la domination occidentale sur le monde, ce qui leur permet, en surjouant le conflit ukrainien (c’en est même caricatural) de démontrer à tous que s’opposer à leur Nouvel Ordre Mondial c’est la mort assurée. Bref c’est le monde unipolaire ou le chaos.
Et je ne suis pas certain que la promesse du monde multipolaire russe soit suffisamment séduisante pour faire basculer la balance en sa faveur surtout que les pays concernés, enjeux du bras de fer, à commencer par les gros, peuvent profiter de la situation pour négocier quelques prérogatives ou même un statut privilégié au sein du Nouvel Ordre Mondial occidental.

Quel est ce monde multipolaire voulu par les Russes ?

Examinons rapidement l’alternative que proposent les Russes au modèle occidental. N’oublions pas que Poutine part du principe que les problèmes accumulés par les occidentaux les anéantiront inévitablement donc pour lui il n’y a pas d’autre alternative que de stopper cette forme de Nouvel Ordre Mondial pour lui en substituer une autre, dite multipolaire.
En voici les grandes lignes, toujours tirées du discours de Poutine au club Valdaï du 27 octobre :

Liberté politique et respect des identités
« Je suis convaincu que la véritable démocratie dans un monde multipolaire présuppose avant tout la possibilité pour toute nation, je tiens à le souligner, toute société, toute civilisation, de choisir sa propre voie, son propre système socio-politique. »
« La menace directe pour le monopole politique, économique et idéologique de l’Occident est que des modèles sociaux alternatifs puissent émerger dans le monde, plus efficaces, je tiens à le souligner. »

« Et puis surtout, nous croyons que le Nouvel Ordre Mondial doit être fondé sur le droit et la loi, être libre, particulier et juste. »

Valeurs morales basées sur l’humanisme
« Le développement doit se faire dans le cadre du dialogue des civilisations, sur la base de valeurs spirituelles et morales. Les différentes civilisations ont une compréhension différente de l’homme (…) mais toutes reconnaissent la dignité suprême et l’essence spirituelle de l’homme. »

Mais aussi valeurs spirituelles
« Je suis convaincu que seul le libre développement des pays et des peuples peut s’opposer à la dictature, que seul l’amour envers l’être humain comme envers le Créateur peut s’opposer à la dégradation des individus. »

Respect des traditions
« Les valeurs traditionnelles ne peuvent être imposées à quiconque, elles doivent simplement être respectées, en chérissant ce que chaque nation a choisi depuis des siècles.
Telle est notre conception des valeurs traditionnelles, et cette approche est partagée et acceptée par la majorité de l’humanité. Les sociétés traditionnelles d’Orient, d’Amérique latine, d’Afrique et d’Eurasie constituent la base de la civilisation mondiale. »

Autonomie financière
« L’économie et le commerce mondiaux doivent devenir plus justes et plus ouverts. La Russie considère la formation de nouvelles plates-formes financières internationales comme inévitable. »
Ils ne veulent plus dépendre « d’un centre de contrôle unique » et sortir des abus d’une infrastructure basée sur la domination du « dollar et des autres monnaies dites de réserve. » Il s’agit en définitive d’une « logique de politique économique et financière souveraine dans un monde multipolaire » s’appuyant sur les monnaies nationales.

Coopération entre Etats souverains
Au modèle occidental basé sur la mondialisation libérale qui conduit à la dépersonnalisation des nations, Poutine propose « le déblocage du potentiel de chaque civilisation au profit de l’ensemble, au profit de tous. (…) La Russie estime qu’il est important de lancer activement des mécanismes de création de grands espaces fondés sur l’interaction de pays voisins dont l’économie, le système social, la base de ressources et les infrastructures se complètent. Ces vastes espaces, par essence, constituent la base d’un ordre mondial multipolaire – une base économique. »

Il propose comme modèle (base de départ ?) l’Eurasie
(dans lequel il situe la Russie)
« La valeur et l’importance de l’Eurasie résident dans le fait que ce continent est un complexe autosuffisant qui possède des ressources gigantesques de toutes sortes et un potentiel énorme. » Poutine appelle à accroître la coopération et les activités de « l’Union économique eurasienne« , sous l’autorité et l’influence de l’Organisation de Coopération de Shanghai pour ouvrir une « nouvelle ère, une nouvelle étape dans le développement de l’Eurasie » plutôt que de laisser l’espace eurasien se transformer en une zone de confrontation.
Poutine propose aux Européens d’intégrer cette Eurasie, c’est la moindre des choses quand on propose une alternative au système en place.

Analyse critique du projet russe et de l’état d’esprit de ses dirigeants

Nous l’avons tous compris : maintenant que le conflit est entré en phase ouverte, chaque camp doit montrer sa puissance en décomptant ses alliés sûrs et tenter de convaincre les indécis à le rejoindre. Les décisions seront prises une fois acquise une délimitation à peu près sûre entre les camps ; voilà pourquoi le conflit ukrainien stagne en attendant que les uns et les autres prennent position.

Pour le moment, seul l’Occident a su constituer un front uni et déterminé : les Etats-Unis ont pour alliés sûrs la quasi totalité des Etats de l’Union Européenne (seule la Hongrie peut éventuellement hésiter), la Commission de Bruxelles, les autres pays du G7 (Royaume-Uni, Canada et Japon) et une grande partie des membres de l’OTAN.

De son côté, la Russie est… seule, ou quasiment : hormis la Biélorussie, engagée à ses côtés, tous les autres peuvent basculer à tout moment et sans dommages dans l’autre camp.
En effet, on peut classer dans les indécis tous les pays qui n’ont pas pris clairement position pour l’un ou l’autre des belligérants (j’entends par là la Russie ou l’Occident – il ne faut pas se limiter aux déclarations concernant la seule Ukraine où les dés sont pipés), et qui profitent de la situation en ce moment même (et de la tension !) pour négocier une place de choix dans l’un ou l’autre des camps, voire dans les deux, sachant qu’il leur faudra à moment donné marquer leur préférence et donc choisir. Bien entendu ce que j’explique ici ne correspond pas au discours officiel mais aux négociations secrètes évidentes, que beaucoup ont tout intérêt à prolonger au maximum afin d’avoir une idée sur qui l’emportera.
Il s’agit des supposés ou potentiels alliés de la Russie, comme la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Iran, d’autres pays moindres de la sphère eurasiatique ou africains, mais aussi, de l’autre côté, de pays comme la Turquie ou même Israël, qui jouent sur les deux tableaux. A ce sujet, le retour de Netanyahou aux affaires n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’Etat profond américain, auprès duquel ce dernier risque de monnayer son ralliement fort cher.
Enfin rappelons que la stratégie occidentale ne consiste pas en premier à rallier les indécis dans leur camp, mais à les dissuader de rejoindre l’autre.

Prenons maintenant du recul et voyons ce que recèle le projet russe en y intégrant notre point de vue eschatologique catholique :

a) Une vision idéaliste et utopique
On a bien compris que pour rallier du monde à sa cause et constituer un front commun contre l’Occident, Poutine a l’obligation d’être consensuel : voilà pourquoi il y en a pour tout le monde et qu’il parle de respecter les identités, traditions, intérêts et religions de chacun. Jusqu’où est-il sincère, où commence le racolage et où s’arrête la réalité ? Si les populations ne voient pas cet aspect des choses, les dirigeants, eux, en ont conscience et les discussions en privé, à l’écart des témoins et des caméras, portent là-dessus. Sur tout ce qui ne peut pas se dire en public. Or il ne faut pas douter qu’en matière de promesses, et de concessions, les Occidentaux seront probablement les plus généreux et les plus arrangeants ; ils ne sont pas à une hypocrisie près.
En second lieu, on comprend vite que son monde multipolaire est un regroupement de peuples, langues, coutumes, traditions, civilisations, modes de vies, mentalités très différents, à la cohabitation souvent difficile par le passé, et qui deviendraient tout à coup sages dans un objectif commun de paix et de prospérité librement consentis parce que chacun y conserverait son indépendance, sa souveraineté et son identité.
Ce fut la vision chrétienne du monde, le christianisme étant la seule religion et le seul système à unifier les peuples et nations dans une même foi, celle en Jésus-Christ, tout en conservant à chacun ses spécificités et son identité. Mais ici, il n’est pas question de rassembler les nations derrière la bannière du Christ-roi et de la Vierge Marie !
L’histoire a montré que même des nations chrétiennes, des nations catholiques unies par la même foi, n’y sont pas parvenues, n’ont pas su surmonter de basses rivalités locales au profit d’un bien commun global, celui de la chrétienté au sens large, à l’échelle de continents, et ont eu énormément de mal à cohabiter et coopérer en harmonie -et je parle en dehors des guerres de religion et de celles directement liées au schisme oriental !
Et lui voudrait parvenir au même résultat sans cette préalable et indispensable unification par le baptême !
C’est sans compter sur la bassesse des hommes, sur la corruption inhérente à l’être humain depuis le péché originel, sur la cupidité, la paresse, l’exploitation des biens et des personnes, la recherche du confort, de l’argent facile, la confusion entre les idéologies et le bien commun, l’égoïsme, l’individualisme… : tout ceci fausse les rapports humains et sociaux, qu’on se situe au niveau individuel, administratif, entrepreneurial ou gouvernemental : les intérêts des uns priment souvent sur le bien commun ou plus exactement des intérêts égoïstes ou partisans sont présentés comme LE bien commun d’un groupe, d’une entité, d’un régime ou d’un pays.
C’est négliger l’incompatibilité en termes de doctrines, de pratiques, de modes de vies et de mentalités entre l’hindouisme, le bouddhisme, le christianisme, l’islam, l’athéisme… qui n’ont jamais réussi à collaborer pacifiquement entre eux ; cohabiter à la rigueur, et encore…
Cet idéalisme utopique est joli sur le papier mais inapplicable sur le terrain.
Doublement utopique : parce les nations ne sont jamais parvenues à un tel consensus, sauf par la force (mais c’est justement ce qu’il reproche aux occidentaux), et parce que seul le rassemblement des hommes derrière la royauté sociale de Jésus-Christ peut y parvenir.
Doit-on lui rappeler les mots de Pie XII dans sa prière pour la France du 15 mars 1941 ? Tout y est : « Oh Reine de la paix, faites comprendre au monde, où tant d’âmes droites s’évertuent à édifier le temple de la paix, le secret qui seul assurera le succès de leurs efforts : établir au centre de ce temple le trône royal de votre divin Fils et rendre hommage à sa loi sainte. »
Or quel est le temple sur lequel veut bâtir Poutine ? L’homme, encore et toujours l’homme, la dignité suprême et l’essence spirituelle de l’homme comme il a dit.
Mais ses adversaires, les Occidentaux, sont eux aussi des champions des Droits de l’homme.
Donc en réalité match nul, son Nouvel Ordre Mondial n’est pas meilleur que l’autre.

b) Un refus du modèle occidental sur fond classique de rejet, voire même de rivalité, entre l’Occident et l’Orient
La seconde grande notion à retenir de l’attitude et du point de vue russe, c’est la très ancienne rivalité entre Occident et Orient, qui a déjà été la cause de la séparation entre les deux Eglises il y a mille ans. Derrière le discours de Poutine, des russes et des orientaux en général, il y a toujours eu le rejet de l’hégémonisme occidental : ne nous dirigez pas, ne nous imposez vos lois et vos systèmes nous disent-ils depuis des siècles. Le différent entre orthodoxes et catholiques n’a jamais été résolu et perdure, parce qu’il s’agit d’un problème de fond : l’un doit-il dominer sur l’autre ? Et s’il doit y avoir un système et une forme de gouvernement mondial, faut-il un dominant, et lequel ?
En fait, l’histoire nous montre que cette question a déjà été résolue naturellement : l’Europe, qui est le berceau de ce fameux Occident, a été choisie par Dieu pour évangéliser le monde. Les premiers chrétiens, à savoir les juifs convertis, ont évangélisé les peuples alentours ainsi que les Gentils (les non juifs), le premier pape saint Pierre établissant dès le début, de son vivant, le siège de l’Eglise dans la capitale du monde des Gentils : Rome.
Et, je schématise, c’est de l’Europe et des peuples européens que partira l’évangélisation totale du globe, après celle des Apôtres, accomplissant l’ordre de Jésus d’enseigner l’évangile et de baptiser toute la terre. Les deux premiers évangélisateurs des slaves, saints Cyrille et Méthode (Cyrille à qui l’on devra l’alphabet du même nom), étaient grecs. Et c’est l’Europe, donc l’Occident, qui réalisera l’unité du monde par le ralliement des nations au Christ, sur tous les continents, alors que les orthodoxes, recroquevillés sur eux-mêmes, se sont bien gardés d’exporter le christianisme en dehors de leur sphère d’influence proche. Je crois qu’une bonne partie de la mauvaise foi et de l’hostilité des orthodoxes vis à vis des catholiques vient de leur mauvaise conscience latente.
Maintenant que Satan s’est vengé en retournant à son profit les capacités de l’Occident à dominer et unifier le monde, il est facile d’accuser ce dernier de corruption des mœurs, de dégradation de la morale et de pratiquer un socialo-capitalisme destructeur et dictatorial, même si c’est vrai.
En rejetant l’Occident, Poutine se rend-il compte qu’il rejette aussi un glorieux passé chrétien, mais qui lui est insupportable parce que catholique ? Qu’en se libérant du carcan occidental, on abandonne aussi le principe de la domination chrétienne pour lui préférer l’union utopique des peuples et des religions.
Ne vaudrait-il pas mieux appeler les catholiques et les orthodoxes à l’union sacrée contre justement toutes ces entités qui nous attaquent et nous étouffent, du judéo-maçonnisme des Etats à toutes les formes de fausses religions c’est à dire toutes en dehors des catholiques et des orthodoxes ?
Mais c’est là que l’eschatologie nous aide à expliquer les faits : ils n’en sont plus capables, plus personne n’en est capable, la Bête a vaincu le christianisme dans sa totalité, il devra boire la coupe jusqu’à la lie. Poutine et son pays, malgré leur bonne volonté et leur rejet d’une société perverse avancée, ne portent plus le Christ comme projet, ils servent d’aiguillon et d’obstacle à la forme libérale du Nouvel Ordre Mondial, divisant le monde de Satan et menant Babylone à la ruine, tel un nouveau Cyrus. Un libérateur peut-être, mais pas le porteur du projet salvateur.
Cher Vladimir, si vous voulez être exaucé, il faut d’abord rechercher le règne du Christ-roi.
Mais attention, tout n’est pas joué : par exemple, les élections américaines de mid-term demain peuvent créer une divine (pourquoi pas ?) surprise et semer la zizanie chez l’Oncle Sam.

Conclusion

Quand l’Occident dit Ukraine, la Russie répond Nouvel Ordre Mondial.
Quand l’Occident dit il faut arrêter la guerre, la Russie répond arrêtez de nous imposer votre monde unipolaire.
Quand l’Occident dit vous vous comportez mal, la Russie répond vous êtes des dégénérés à la morale abjecte.
Cela voudrait-il dire que les deux ne parlent pas le même langage ? Bien sûr que si.
Ukraine est un nom de code derrière lequel se cache un immense enjeu : quel système doit dominer le monde ? Quel Nouvel Ordre Mondial doit s’imposer ? Quelle vision du monde et quel avenir pour celui-ci doit l’emporter ? L’unipolaire américain ou le multipolaire russe ?
Et il s’agit là d’une lutte à mort par Ukraine interposée, pour le moment, en attendant l’extension au reste du monde. Tout dépend de la capacité de la Russie à convaincre ses alliés potentiels, et à l’inverse de la capacité de l’Occident à terroriser tout possible allié de la Russie.
Il est là le piège tendu à Poutine : on l’a forcé à se dévoiler, et ce conflit ouvert force et forcera les autres pays à choisir leur camp et j’ai peur que dans ce domaine, l’Occident soit plus fort, plus persuasif et plus dissuasif que la Russie.
Sauf que dans ce débat, dans cet affrontement, des deux côtés il y a un grand absent : Jésus-Christ.
Un peu comme si des démons se battaient entre eux sur fond de désaccord sur leurs prérogatives réciproques.
Alors, monde unipolaire ou multipolaire ? Ni l’un ni l’autre. Jésus-Christ. Jésus-Christ créateur du ciel et de la terre, roi des nations, Dieu qui règne dans nos cœurs. Maitre absolu de nos vies spirituelles, sociales, professionnelles, politiques et culturelles.
En attendant le retour du roi des rois, laissons les babyloniens régler leurs comptes entre eux, et ne nous en mêlons pas.

Louis d’Alencourt, le 7 novembre 2022 en la fête de saint Ernest

Illustration : Vladimir Poutine prononçant son discours au club Valdaï le 27 octobre dernier

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Notre-Dame, 42 mois après

Qui se souvient de l’incendie de Notre-Dame de Paris au soir du 15 avril 2019 ? Il y a déjà trois ans et demi, c’est loin, pour beaucoup cet événement appartient au passé.
Et pourtant, tous ceux qui travaillent dans l’eschatologie sont régulièrement confrontés à des interlocuteurs qui réclament, souhaitent, attendent des signes. Le monde est rempli d’incrédules, de mous, d’indécis, à l’esprit devenu tellement matérialiste que les démonstrations et raisonnements, pourtant rigoureux, précis et argumentés des eschatologues ne suffisent pas à convaincre.

Mais qu’est-ce que l’incendie de Notre-Dame si ce n’est un signe, un signe énorme, si visible qu’il en crève les yeux, et pourquoi pas LE signe que le Seigneur daigne nous accorder à nous, tout apostats, aveugles et vaniteux que nous sommes ?
Et pourquoi pas, le dernier signe ?

Dans l’ordre naturel, l’incendie de Notre-Dame fut un drame exceptionnel, la détérioration d’un des monuments les plus célèbres du monde, d’un des plus anciens et des plus respectés, la peur de perdre un joyau irremplaçable du patrimoine français, occidental et même mondial, l’équivalent pour les Américains de leur 11 septembre.

Dans l’ordre surnaturel, l’incendie de Notre-Dame fut un avertissement à l’ensemble du monde de l’état de décomposition avancée de l’Eglise catholique car, faut-il le rappeler, cette cathédrale située au cœur de l’ex Fille aînée de l’Eglise, est à ce double titre un symbole du catholicisme, tandis que le feu symbolise de son côté, notamment, la destruction.
Or cette cathédrale en feu ne peut que nous évoquer directement l’état de décomposition avancée de l’Eglise, constatée même par les conciliaires, commencé il y a soixante ans, qui l’atteint dans ses fondements doctrinaux, liturgiques et aujourd’hui moraux, et qui n’est pas loin de l’écroulement total.

Ainsi donc, en tant qu’eschatologue, je répète et affirme que l’incendie de Notre-Dame de Paris est très certainement un signe du Ciel, très important, particulièrement eschatologique parce que lié à la fin des temps (dans laquelle l’Eglise catholique, qui est l’Eglise du Christ donc de Dieu, joue un rôle essentiel et primordial), et que nous devons analyser, scruter et suivre avec attention.

Et puisque nous sommes dans le cadre des événements de la fin des temps (et du monde), il ne nous est pas interdit d’essayer d’en interpréter le sens et la portée, y compris dans le calendrier de cette fin des temps. Parce que parler de la chute de l’Eglise, c’est admettre la présence et la victoire, temporaire, de la Bête. Si le Christ est écarté de nos vies, tant spirituelles que temporelles, l’Antéchrist s’emparera de tout, comme indiqué dans les Saintes Ecritures.

Comment peut-on mettre cette présence de l’Antéchrist au futur alors que nous la vivons au quotidien depuis des décennies, jusqu’à se voir imposer une dégradation morale telle que l’on marie les homosexuels, quand on ne les bénit pas, tandis que la Rome conciliaire, l’ex-Eglise du Christ, s’occupe d’organiser l’invasion de l’Europe par les migrants, de vénérer des divinités païennes au cœur même du Vatican (La Pachamama en 2019), de sous-estimer voire d’embrasser les hérésies (rapprochements répétés avec les luthériens et les musulmans), ou de faire vacciner les populations. On se demande où et quand elle se préoccupe des âmes, de la vie éternelle et des missions que lui a assignées le Christ.

N’oublions jamais que vie civile et vie spirituelle sont liés. Le temporel ne peut se passer du spirituel, et vice-versa. Ils sont intimement liés, de même que nous sommes corps et âme, et que l’un ne va pas sans l’autre, du moins dans la vie terrestre.
Quand l’Eglise va, le monde civil va, les structures et les institutions tiennent la route et recherchent le bien commun, à savoir le salut des âmes en Jésus-Christ, malgré les innombrables difficultés.
Quand l’Eglise flanche, la société civile se dégrade moralement, mais aussi culturellement et socialement, et s’enfonce dans la débauche, la cupidité, l’envie, la bêtise et la méchanceté. N’est-ce pas à cette déchéance intellectuelle, spirituelle, sociale et morale que nous assistons depuis le concile Vatican II (1965) et Mai 68, dont les (mauvais) fruits se sont étendus au monde entier ?

L’incendie de Notre-Dame nous signifie, nous rappelle, nous affirme ce qui est devenu une évidence : nous avons mis le feu à l’Eglise et au monde, dans une dynamique antichristique qui depuis des décennies mène majoritairement les âmes en enfer, au feu éternel.

Par conséquent, il ne nous est pas interdit, disais-je, d’y voir un avertissement à notre monde où règne l’Antéchrist (car l’Antéchrist c’est tout ça, ce système mondial pourri et ces milliards d’hommes devenus des fils de la Bête), et donc d’échafauder des hypothèses de travail à partir des données liées à la Bête. À commencer par les fameux 42 mois de pouvoir qui lui sont conférés dans l’Apocalypse.

Rien ne se fait par hasard en ce bas monde.
Le Bon Dieu préside à tout, tous les événements, à plus forte raison quand ceux-ci concernent sa propre Maison, son Eglise, et sa très sainte Mère.
Essayons d’interpréter le signe qui nous est donné.

Un signe en forme de calendrier ?

Puisque nous sommes directement liés à la Bête et à son action conjointe et parallèle dans le monde et dans l’Eglise, rapprocher cet événement du chiffre 42 est une hypothèse de travail tout à fait valable. Non pas pour calculer la durée de vie totale de la Bête, à qui est attribué en totalité 42 mois, durée codée basée sur le principe 1temps/2temps/la moitié d’un temps en base 6×7 (42) ; cette durée totale, nous ne la connaîtrons qu’à sa mort, il est donc encore un peu tôt.
Non, il s’agit d’évaluer la portée de cet avertissement et donc de se demander : puisque nous sommes en lien avec la Bête, où nous mèneraient 42 mois après l’incendie ?
Autrement dit, peut-on attribuer une durée à cet avertissement, durée liée à la Bête et à son action dans l’Eglise et le monde, et quels signes obtenons-nous à l’expiration de ces 42 mois ?

L’expiration des 42 mois de l’incendie de Notre-Dame, au soir du 15 avril 2019, nous mène au soir du 15 octobre 2022.
Peut-on tirer des enseignements, des conclusions qui seraient valables ?
Oui, il y en a deux principales :

1) La mise en place des conditions pour la bataille de l’Armageddon
La sixième période de l’Apocalypse (6è Eglise, sceau, trompette) se termine sur une bataille générale et donc mondiale où les forces de la Bête coalisées semblent gagner la partie, autant sur l’Eglise (mort des témoins) que dans le domaine temporel. Or :
– Le synode sur la synodalité, engagé par Rome il y a un an et devant s’achever en octobre 2023, est sans conteste le dernier outil de destruction massive du peu d’ordre et de morale qui subsistaient dans l’Eglise. A ce stade, c’est à dire au 15 octobre 2022, nous savons, car c’est officieux et presque officiel, qu’il a pour but de terminer la transformation du catholicisme en religion de l’homme, en humanisme maçonnique universel, et d’achever la mort du catholicisme par la disparition de la validité des derniers sacrements, le tout au plus tard dans un an. Le processus est lancé, il ne s’arrêtera pas et il a pour but la mort définitive de l’Eglise.
– Parallèlement, la guerre enclenchée en Ukraine commence à montrer son vrai visage, c’est à dire ses véritables objectifs : un affrontement inévitable entre la Russie (et ses éventuels alliés, bien aléatoires) et l’Occident, à savoir les Etats-Unis, l’Union Européenne et leurs vassaux. L’Ukraine n’est qu’un prétexte, une guerre par procuration entre les deux blocs, en attendant le passage à l’affrontement global, que les deux camps savent inévitable, mais que souhaitent à l’évidence au moins les occidentaux, pour des motifs civilisationnels et religieux. En effet, en filigrane de cet affrontement, ressort le net refus de la Russie de partager la déchéance intellectuelle, spirituelle et morale que l’Occident veut lui imposer ; la Russie est aujourd’hui le dernier grand pays chrétien qui défend ses valeurs chrétiennes face aux pervers corrompus américains et européens. Il est très probable que ceci soit la véritable raison de cette troisième guerre mondiale : la Bête ne peut supporter qu’un dernier carré lui résiste.

Donc toutes les conditions sont réunies pour un embrasement généralisé, autant dans l’Eglise que dans le monde et seront opérationnelles au 15 octobre. Embrasement qui est aussi une caractéristique de l’incendie, encore un signe particulièrement clair.


2) L’étrange signe du calendrier
L’échéance des 42 mois tombe, nous l’avons vu, sur le 15 octobre. Ce jour est la fête de la grande sainte Thérèse d’Avila, célèbre pour sa réforme du Carmel. Le Carmel c’est Elie, Elie c’est la figure d’un des deux témoins ; tout se tient. Mais ce n’est pas là l’indice principal : sainte Thérèse d’Avila possède la particularité unique d’être morte durant la nuit la plus longue du monde : celle du 4 au 15 octobre 1582. Ce fut en effet la nuit du passage du calendrier Julien au calendrier Grégorien. Le pape Grégoire XIII avait décidé d’ajuster le calendrier une fois pour toutes, et pour cela il fallait corriger l’inévitable petite dérive prise au fil du temps par le calendrier Julien. Le passage au nouveau calendrier, outre le fait que l’année commencerait désormais au 1er janvier, tout en conservant le décompte des années à partir de l’Anno Domini (la naissance du Christ), nécessitait un réajustement de 10 jours, qui furent supprimés à ce fameux moment : ceux qui se sont couchés au soir du 4 octobre 1582 se sont réveillés le lendemain au matin du 15 octobre.
Voilà pourquoi le calendrier Grégorien débute au 15 octobre 1582, et que la fête de sainte Thérèse d’Avila a été placée au 15 octobre.
Le calendrier Grégorien s’est imposé petit à petit au monde entier, les derniers récalcitrants (dont la Russie) l’ayant adopté au XXè siècle, ce qui veut dire que depuis ce temps, le monde entier vit selon un calendrier exclusivement catholique.
Or, on a vu tout à l’heure que l’œuvre de la Bête avait pour but d’effacer toute trace du christianisme, autant dans la société civile que dans l’Eglise en elle-même, et que, de toute évidence, elle y est presque parvenue en totalité, il ne lui reste plus qu’à éliminer les deux derniers « gros morceaux », à savoir la Russie orthodoxe d’une part, et les derniers vestiges encore catholiques à Rome d’autre part. Le plus dur est évidemment pour la fin, voilà pourquoi il faut coaliser toutes ses forces et voilà pourquoi saint Jean la décrit comme une bataille d’anthologie sous le nom de bataille de l’Armageddon. C’est la dernière, mais aussi la plus décisive.

Ainsi donc, que le signe nous soit donné par la Bête ou par le Ciel (ce que je crois), le résultat est le même : en tombant pile sur la date du 15 octobre, l’incendie nous dit que l’ère du calendrier grégorien, c’est à dire du règne du catholicisme sur le monde, prend définitivement fin.
Un cycle se termine, un autre prend sa place.
Et ce cycle se termine par un embrasement général ; n’oubliez jamais que si l’Eglise meurt, le monde mourra avec elle. Et on ne peut écarter le fait que les forces en présence aujourd’hui se préparent à un tel holocauste.

Voilà pourquoi le jour 1 de la nouvelle ère se situe au 16 octobre. Parce que le 16 octobre est lourd de signification, il a déjà servi pour un événement similaire. Le 16 octobre 1793, la reine Marie-Antoinette est exécutée, et le même jour les révolutionnaires saccagent et profanent les tombes royales à saint Denis.
Ceci est très important : la mort de Marie-Antoinette met fin au risque de reprise de la monarchie ; d’abord la reine était haïe, plus que le roi, par tous les francs-maçons à l’origine de la Révolution et de la chute de la monarchie (rappelons-nous l’affaire du collier), et puis en cas de retournement, elle aurait pu prendre la Régence en attendant la majorité du dauphin. D’autre part, le saccage des tombes royales, donc de tous ceux qui ont fait la France Fille aînée de l’Eglise, est une preuve de la joie des révolutionnaires à avoir enfin fait tomber en ce jour, définitivement, cette monarchie très chrétienne.
Le 16 octobre est aussi le jour de l’élection du pape Jean-Paul II et pour l’Eglise, la symbolique est la même : après la mise en place des fondements de la nouvelle Eglise par ses deux prédécesseurs, Jean-Paul II va mettre en application la nouvelle doctrine issue du concile, et détruire petit à petit le catholicisme de l’intérieur, en le transformant en la religion de l’homme, l’humanisme, tout le long de ses 25 ans de pontificat. Jean-Paul II est un constructeur, il construit la nouvelle Eglise, grâce aux destructions de ses prédécesseurs, c’est la pire des destructions qui soit car on ne la voit pas à l’œuvre, puisqu’on remplace le dogme et la doctrine par de nouveaux concepts, sans le dire explicitement, comme s’ils avaient évolué naturellement. Il n’y a pas plus hypocrite que le pontificat de Wojtyla. Donc le 16 octobre constitue bien aussi, dans l’Eglise, au jour 1 de l’an 1 de la construction de la nouvelle Eglise au service de la Bête et non plus du Christ.

Côté chiffres, nous sommes à 440 ans de 1582, mais nous entrerons dans la 441è année dans une semaine. Or 441 est divisible par 3.5, ce qui donne 126 pour un temps ; et 126 c’est l’autre chiffre pour désigner les 42 mois, puisqu’ils s’expriment aussi en 1260 jours. Je rappelle que dans la bible, on raisonne non pas en années révolues, mais en année entamées. Le 441 sera donc valable dans 8 jours, confirmant là encore qu’un cycle s’achève.

Conclusion

J’estime donc que calculer 42 mois à partir de l’incendie de Notre-Dame de Paris nous mène à comprendre en quoi cet événement fut un avertissement : avertissement à l’Eglise, qui s’embrase et s’autodétruit, jusqu’à en perdre sa clé de voûte (ça aussi c’est très symbolique), et avertissement au monde, qui sera puni par le feu, nous le savons, et qui semble vouloir mettre en place activement ce châtiment, là encore dans une sorte d’autodestruction fruit d’une folie collective sans précédent. Folie collective qui ne peut s’expliquer, dans les deux cas, que par la haine de Dieu.

Le lien évident avec le calendrier grégorien, dont le cycle se termine en ce 15 octobre, nous renvoie à cette plus longue nuit qu’ait connu le monde, de dix jours, comme si la longue nuit de l’Eglise avec Bergoglio (le « pape » François) n’excédera pas, elle aussi, dix ans, comme je l’espère et je l’attends.

Ceci pour une raison très simple : il n’a jamais été écrit que la Bête devait gagner ; bien au contraire, c’est au moment où elle croit être victorieuse qu’elle s’effondre et disparaît, parce que c’est à ce moment-là que Dieu intervient et met fin à l’iniquité. Or l’avertissement de Notre-Dame, à l’expiration de ce délai de 42 mois, nous porte à croire que la Bête est sur le point de gagner, enfin les événements qui se trament ne laissent pas de doute à ce sujet, comme si tout devait être prêt pour le 15 octobre 2022.
De son côté, le juste espère dans une intervention divine, il l’appelle de ses vœux, il sait qu’il n’a rien à craindre.

Certains pensent que ces 42 mois sont la fameuse demi-heure de silence qui marque la transition entre le 6è et le 7è sceau ; à l’expiration de ce délai, l’Ange de Dieu châtie le monde (Babylone) par le feu. Je ne sais pas s’il s’agit effectivement de ce temps si particulier, mais ce que je sais, c’est que nous n’avons jamais été aussi proches de la 7è période. Et la 7è période, c’est la fin.


Louis d’Alencourt, le 9 octobre 2022, en la fête de saint Denis

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Le synode de la mort

Nous nous doutions que le synode sur la synodalité lancé par le « pape » François en octobre 2021 serait l’instrument pour achever l’Eglise et faire périr définitivement le peu de catholicisme authentique qui restait encore présent, nous en avons désormais la quasi certitude.

Quel est le but officiel de ce synode ?
En septembre 2021, lorsqu’il est annoncé au grand public, voici comment il était présenté :
« Le pape François et son équipe convoquent pour le 10 octobre un synode qui va durer deux ans, invitant les diocèses à « refonder le chemin de la vie ecclésiale » [en clair, changer l’Eglise].
Comment veulent-ils faire ? En bâtissant « l’Eglise synodale » et fraternelle, « impliquant la participation de tous » ; une « voie royale » prône le pape, offrant la possibilité « d’être écouté ».
Mais écouter qui ? En donnant la parole « aux laïcs, aux jeunes, aux femmes, aux exclus » et aux « marginalisés » ; en apprenant à « composer » avec d’autres « communautés de croyants, d’autres religions, des organisations de la société civile, des mouvements populaires… ». Il s’agit en définitive d’élaborer un nouveau mode d’existence, basé sur « la responsabilité partagée ».
J’ai tiré ces lignes d’un article d’Ouest France rédigé, c’est évident, à partir du dossier de presse fourni par le Vatican. Merci au journaliste d’avoir effectué la synthèse à notre place.

Le 10 octobre 2021, lors de l’ouverture de ce synode, le Figaro titrait :
« François lance sa grande réforme de l’Eglise »
Donc personne ne se méprend sur le contenu réel et les objectifs de cette démarche, ni Rome qui ne se cache plus, ni les médias grand public.


C’est très simple : la méthode consiste à entreprendre des réformes de fond, décidées et prévues depuis longtemps, sous le couvert de la volonté populaire. On expliquera que les décisions prises ne proviendront pas de l’autorité ecclésiastique souveraine, mais des souhaits de la base, c’est à dire des croyants et des pratiquants du monde entier, après les avoir consultés.
Ceci est d’une totale hypocrisie, il s’agit en réalité d’un faux synode, d’une consultation pipée, dont les conclusions étaient déjà écrites avant même qu’il ne s’ouvre.

Voilà ce que nous pressentions il y a un an.
Nous avons désormais la preuve que ces intuitions étaient les bonnes.

En effet, ce synode se déroulant sur deux ans, la première phase vient de se terminer.
Elle consistait à organiser des consultations dans chaque pays, chaque conférence épiscopale devant compiler les résultats dans un rapport à expédier à Rome pour le 15 août 2022.
La plupart des assemblées synodales locales ont rendu public leur rapport une fois bouclé, nous en connaissons donc les contenus.

Le synode entrera ensuite dans sa phase continentale : en février et mars 2023, évêques, prêtres et religieux se réuniront sur chaque continent pour étudier un document de travail qui doit être rédigé par Rome d’ici la fin de l’année.

Petit aparté : il semblerait que les Eglises locales n’aient pas toutes appliqué le principe aberrant d’étendre la consultation à tous, à commencer par ceux qui ne sont pas concernés par le catholicisme. Alors en janvier 2022, on a repoussé la première étape d’avril au 15 août 2022 pour forcer les diocèses catholiques à au moins y associer les protestants et les orthodoxes, sous prétexte de « dimension œcuménique » du processus synodal.
« Le Vatican a publié une lettre demandant aux évêques catholiques d’inviter les dirigeants orthodoxes et protestants locaux à participer à l’étape diocésaine du processus de deux ans menant au Synode de 2023 sur la synodalité. » ; lettre du 17 janvier cosignée par le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques, et le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.
 « Le dialogue entre chrétiens de différentes confessions, unis par un seul baptême, occupe une place particulière dans le cheminement synodal », avancent-ils pour justifier cette démarche.
« En effet, la synodalité et l’œcuménisme sont des processus de « marcher ensemble ».
Là encore le ton est donné.
Mais si les catholiques demandent leur avis aux autres, en quoi resteront-ils catholiques ? Devons-nous nous fondre et nous confondre avec le monde ou bien au contraire défendre et renforcer ce qui fait notre spécificité et notre différence ? Ne sommes-nous pas capables par nous-mêmes d’analyser nos forces et nos faiblesses, et d’évaluer comment nous sommes perçus, et pourquoi ?

Revenons à ce document de travail que doit préparer Rome pour la seconde phase du synode.
Sur quoi va-t-il se baser ? Sur une synthèse des consultations nationales.
Cette synthèse, nous pouvons la faire dès maintenant, car se dégagent des grandes lignes communes à presque tous les rapports, et qui sont sans surprise, comme si tout le monde suivait un mot d’ordre établi d’avance. Ce qui n’a rien d’étonnant, je le rappelle, les dés sont pipés.
Je me suis basé sur les rapports Français, Espagnol et Suisse ; nous savons aussi que ceux des Pays-Bas et de l’Allemagne sont du même acabit. Seul le rapport Polonais se détache, à ma connaissance, du réformisme ambiant.
Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin ou d’ajouter d’autres rapports, ils seront de toute façon dans le même état d’esprit, à quelques nuances près.

Une religion peut-elle ou doit-elle se réformer ?

Il est essentiel de rappeler quelques données fondamentales avant d’entrer dans le détail de ces propositions : une religion n’est pas une institution comme les autres.
Une religion a pour but de relier l’homme à Dieu, et particulièrement la religion catholique, puisqu’elle revendique le privilège d’être la seule religion à relier l’homme au seul, vrai et unique Dieu : la Sainte Trinité : UN seul Dieu en trois Personnes (Père, Fils et Saint-Esprit).
D’autre part, le catholicisme fonde sa doctrine, ses dogmes et ses rites sur la Révélation, à savoir sur l’enseignement donné par Dieu en personne aux hommes, tout au long de l’Ancien Testament, et surtout par le Verbe, Jésus-Christ, Dieu fait homme, venu sur terre pour enseigner les hommes et créer son Eglise (celle qui est à Rome), qu’il a chargée de perpétuer son œuvre par l’enseignement de sa doctrine et l’administration des sacrements, afin de procurer aux hommes le salut de leurs âmes et la vie éternelle.
Par conséquent, il n’appartient pas à l’homme de modifier quoi que ce soit de cet enseignement, ou de le réinterpréter ou de l’adapter au gré de ses caprices et de ses envies.
J’ajoute que cet état d’esprit est partagé par toutes les religions ; même si les autres, en dehors des catholiques et des orthodoxes, estiment à tort relier les hommes à Dieu, elles connaissent au moins les fondamentaux et se les attribuent.

Ainsi donc, il est totalement incongru, inadapté et même sacrilège de demander aux hommes leur avis sur une doctrine, des règles, des valeurs et un culte qui ont été définis par Dieu en personne et transmis, explicités et ordonnancés fidèlement par ceux qu’il en avait chargés : les apôtres et leurs successeurs (la fameuse succession apostolique que seule l’Eglise catholique peut revendiquer historiquement par ses papes).
Répétons-le, car c’est nécessaire, aucune autre religion, pourtant fausse, ne se permet de tels impairs, de telles violations de ses propres fondements.
Seuls quelques aspects concernant le rite et ses applications pratiques, ou la nécessité de préciser certains points de doctrine selon l’évolution des mœurs et l’apparition de nouvelles pratiques, ou idées, peuvent être envisagés dans la vie d’une religion. Mais c’est tout.

Il faut donc prendre conscience du niveau d’apostasie, de désorientation et d’ignorance abyssales des catholiques contemporains, à commencer par la haute hiérarchie, pour ne serait-ce qu’envisager de discuter ou de réformer des points de doctrine, de valeurs, ou d’application du culte (la liturgie) qui ne dépendent pas des hommes mais de Dieu.

Quel est l’enjeu à ce stade ?

Il faut déjà savoir que le concile Vatican II a radicalement modifié, déformé et perverti le visage de l’Eglise, ses bases, sa perception du monde, la définition de sa mission, sa place et son rôle dans la société, et surtout l’interprétation et l’enseignement de sa doctrine. Il a aussi dévoyé considérablement l’administration des sacrements, et par conséquent altéré la puissance et l’efficacité des grâces qui en découlent, par la désacralisation et la dénaturation de la liturgie.
C’était ses buts cachés, mais les élites qui ont convoqué ce concile savaient ce qu’ils faisaient, et ils sont parvenus à leur but.

Il en est résulté une apostasie générale, car :
– de l’Eglise du Christ, on est passé à l’Eglise de l’homme ;
– du christianisme, on a basculé dans l’humanisme ;
– de la recherche de la vie éternelle on est passé à la défense de la dignité de la personne humaine ;
– de la royauté sociale du Christ, on a opté pour la définition luciférienne et maçonnique des droits de l’homme ;
– du respect et de la défense de la loi naturelle, on a choisi la foi dans les progrès scientifiques, techniques et sociaux humains.

Apostasier c’est quoi ? C’est rejeter ou déformer la doctrine initiale pour lui substituer une autre foi, une autre doctrine au gré des circonstances. En ce qui nous concerne, la doctrine initiale étant issue de la Révélation, elle est d’essence divine et donc unique, seule vraie, inaltérable et immuable : l’apostasie dans ce cas n’est même pas envisageable et constitue alors une très grave violation de nos devoirs et de nos responsabilités.

Tandis que les valeurs morales, sociales, économiques et religieuses basculaient progressivement dans un satanisme au début équivoque et discret, aujourd’hui public et palpable, où le péché devient la norme par la valorisation et même l’institutionnalisation à grande échelle des 7 péchés capitaux et des trois concupiscences, l’Eglise catholique, au lieu d’allumer le contre-feu avec ses 7 vertus et ses 7 sacrements, a abandonné le combat, d’une part en accompagnant cette évolution plus qu’en s’y opposant, et d’autre part en cherchant à concilier la foi avec ce néo-paganisme issu du matérialisme. Autrement dit, l’Eglise s’est fourvoyée en faisant le choix de l’homme qui se fait dieu à la place du Dieu fait homme, qui évolue en faire-valoir de l’humanité déifiée.

Nous avons pourtant été prévenus, autant par Isaïe « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal » sur le volet inversion des valeurs, que par le Christ en personne : « Nul ne peut servir deux maîtres à la fois ; vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mammon » (Matthieu 6:25) sur le volet compatibilité foi et matérialisme.
Situation que saint Paul résume tout simplement entre vivre selon la chair et vivre selon l’Esprit, sachant que ceux qui vivent selon la chair ne posséderont pas le royaume de Dieu (Galates 5:17), autrement dit : seront damnés.
Ainsi donc, vouloir concilier la foi en Dieu et la société matérialiste, c’est justement vouloir concilier Dieu et Mammon, la chair et l’Esprit ; et puisque, nous le savons, celui qui l’a emporté depuis 60 ans c’est Mammon, c’est la vie selon la chair, c’est l’humanisme, alors cela veut dire que l’Eglise catholique issue du concile mène les hommes, le plus souvent, à la damnation, c’est à dire exactement à l’inverse de son rôle et de sa mission.

Seulement, l’Ennemi est fourbe et manipulateur : sur le papier, les institutions n’ont pas changé. La doctrine est restée la même, y compris dans le catéchisme de Jean-Paul II de 1992 actuellement en vigueur, où mis à part quelques détails, aucun dogme n’a été modifié ou corrigé, les règles fondamentales sont les mêmes.
Toute la force de Vatican II et de son esprit -le fameux esprit du concile- est de parvenir à modifier sur le terrain l’application des règles et l’enseignement de la doctrine ; ils n’ont pas été modifiés sur le papier mais leur interprétation et leur enseignement sont déformés, dévoyés et pervertis, ouvrant la voie à une multitude d’applications et de réinterprétations déformant l’esprit et le sens initial de la doctrine, pour lui donner un sens moderne parfois, et même souvent, quasiment contraire avec la définition de ladite doctrine. Le cas est flagrant, par exemple, sur l’œcuménisme et le panthéisme qui en résulte.
C’est remarquable de perversion et de manipulation : par la Pastorale -mais aussi, plus grave, dans les séminaires-, on change le sens et la perception d’une doctrine qui en réalité n’a pas bougé.

La Sainte Ecriture, et Jésus-Christ lui-même, appellent cela La loi et les prophètes : la Loi ce sont les règles données par Dieu, les prophètes ceux qui parlent au nom de Dieu. Par extension, les prophètes désignent ceux qui enseignent la Vérité Révélée et la doctrine qui en découle.
Depuis le concile, la loi ne change pas mais l’enseignement (les prophètes) est dévoyé.
Bien entendu, ladite pastorale est enrichie et entretenue par d’innombrables documents (lettres encycliques, exhortations apostoliques, Motu proprios, homélies, entretiens, conférences de presse, théologiens modernistes…) qui n’engagent pas l’infaillibilité pontificale, mais favorisent et multiplient les déviations, réinterprétations, transformations, adaptations, qui modifient la perception de la doctrine, et facilitent son évolution -sur le terrain uniquement car, je le répète, sur le papier le catéchisme n’a pas changé-, et sur de nombreux sujets on se trouve dans la situation aberrante d’un discours officiel contredisant régulièrement la doctrine toujours en vigueur.

Mais cette fois-ci, on arrive à l’accomplissement final du concile et de ses objectifs occultes, après soixante ans de bons et loyaux services des papes conciliaires successifs (qui sont chaleureusement remerciés en étant tous canonisés), on arrive à ce qui n’avait encore jamais été fait : envisager de modifier la doctrine, c’est à dire les textes légaux, en matière de foi et de moeurs.
Personne ne le dit, mais ici, il est question d’engager l’infaillibilité pontificale.

Voilà pourquoi je parle de mort de l’Eglise. Car si on modifie la doctrine elle-même en matière de foi et de mœurs, ainsi que les bases fondamentales de certains sacrements, au profit d’idéologies contraires au catholicisme initial, c’est à dire à la volonté et à l’enseignement de Dieu en personne, alors il s’agit d’un basculement inédit dans autre chose, une autre religion, mais ce ne sera plus la religion de Jésus-Christ ; enfin, du VRAI Jésus, pas du faux qu’on nous sert depuis cinquante ans, plus proche du prophète, aussi illustre soit-il, que du Dieu fait homme.

Peu importe que ces Messieurs conservent à cette nouvelle religion le nom d’Eglise catholique, ce sera un mensonge, une forfaiture, une trahison de plus.
On croirait entendre les chefs secrets de la haute maçonnerie qui disaient (dans les documents concernant Albert Pike, fin XIXè) : « le titre de catholique est réservé à nous seuls« , tout en reconnaissant qu’ils travaillent à une « œuvre double de destruction du temple d’Adonaï et d’édification du temple de Lucifer« .
N’est-ce pas exactement l’histoire du siècle dernier et le portrait de la société et de la civilisation actuelle, qui croît dans le satanisme lorsque parallèlement l’Eglise catholique décroit dans la sainteté et la défense des vertus ?

Le détail des propositions

Examinons maintenant les principales propositions des rapports synodaux nationaux, qui seront reprises, probablement plus subtilement et plus sournoisement, dans le rapport final, tellement ça sent le coup monté.

Je précise que je n’ai pas cherché à orienter cette synthèse en fonction de mon point de vue personnel ; ces rapports parlent d’eux-mêmes. Une seule preuve suffira, l’article du Figaro du 16 juin 2022 une fois le rapport de la Conférence des évêques de France (CEF) rendu public :
Titre : « Les évêques de France prêts à un big bang de l’Église« 
« DÉCRYPTAGE – Mariage des prêtres, ordination des femmes, révision de la liturgie… Leurs propositions de réforme sont aussi inédites que radicales. »
Là encore, soulignons la vérité qui s’échappe presque spontanément des lèvres du journaliste : même si les évêques s’abritent derrière une consultation nationale, les médias relèvent leur accord, du moins leur complicité avec ces mesures, et les en rendent responsables : pour eux, ceux qui veulent le big-bang ce ne sont pas les fidèles, mais les évêques. Parce que si la CEF avait été choquée par ces propositions, et si elle s’y était opposée, elle l’aurait dit. Il y a donc une complicité flagrante de la majorité des évêques avec le contenu de la consultation ; de là à penser que les résultats ont été orientés en fonction d’idéologies possiblement minoritaires mais largement privilégiées, il y a un pas que les journalistes sous-entendent.
On peut soupçonner les autres pays d’avoir agi de la même façon, d’où la présence des mêmes propositions dans pratiquement tous les rapports.

J’ai sélectionné principalement les propositions qui s’attaquent carrément aux fondamentaux du catholicisme et à la doctrine, les autres, secondaires, servant de justification et d’emballage à cette révolution.


1) Le manque criant de formation
Tous les rapports notent l’insuffisance de la formation religieuse : un « manque important de formation  » globale pour les français, « un manque de formation sur la liturgie et son contenu » pour les espagnols, « le besoin de catéchisme pour les adultes » pour les polonais, etc.
Doit-on préciser que le peu qui soient formés le sont à une doctrine dénaturée, réinterprétée quand elle n’est pas réinventée, y compris dans les séminaires, dans un état d’esprit protestant qui fait la part belle au libre-examen de la bible, sans formation théologique préalable, ce qui est la porte ouverte à toutes les interprétations personnelles et donc erronées.


2) Partage des pouvoirs et coresponsabilité avec des laïcs
Cette proposition phare se retrouve presque partout : il s’agit d’introduire un principe de « coresponsabilité entre clercs et laïcs, ce qui veut dire, à l’échelle des diocèses, la réclamation d’authentiques contre-pouvoirs ; par exemple avec des conseils composés de baptisés élus, l’existence d’une réelle subsidiarité, qui consiste à déléguer la prise de décisions » (France) ; les espagnols y ajoutent la notion de « lutte contre l’autoritarisme« , et veulent « institutionnaliser et renforcer les ministères laïcs« , tandis que les suisses parlent de « coresponsabilité dans les missions« , de « formes plus collégiales de direction à différents niveaux« , de « partage de l’exercice du pouvoir » afin de « mettre fin à la concentration du pouvoir décisionnel de l’Eglise« , car sa « structure pyramidale (…) est considérée comme un obstacle à l’exercice de la coresponsabilité de tous les baptisés dans la mission de l’Eglise. »
Bon, il s’agit ici d’introduire une sorte de « démocratie » dans l’Eglise, de décentralisation et de partage des pouvoirs. Oui mais, tout le monde reconnaît par ailleurs le manque de formation des laïcs ; autrement dit on envisage de donner des responsabilités et de faire participer aux décisions des gens que l’on sait ignorants et incompétents. D’autre part, toute organisation, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’une administration, fonctionne selon un système hiérarchique, nécessaire à son bon fonctionnement. Il faut choisir entre l’ordre et le désordre ; l’autorité est nécessaire pour l’équilibre d’une société, sinon elle sombre dans l’anarchie. De plus, l’Eglise n’est pas une organisation comme une autre : quasiment tout son fonctionnement est basé sur des règles, des principes, des rites précis, fondés, chargés de symbolique, minutieusement élaborés à des fins d’élévation spirituelle et d’harmonie entre le divin et l’humain. Un culte souvent codifié ou inspiré par Dieu lui-même. On ne peut donc déléguer des fonctions ecclésiastiques aux laïcs, sauf si elles sont d’une extrême simplicité, de même que les laïcs ne peuvent intervenir dans des règles et modes de fonctionnement qui relèvent exclusivement de l’autorité religieuse.
Ainsi donc, dans l’Eglise plus qu’ailleurs, la hiérarchie est indispensable, parce que le culte rendu à Dieu relève de règles théologiques précises et spécifiques, à teneur hautement spirituelle, qu’il convient de faire respecter, et qui ne se discutent que dans des conditions précises et entre gens compétents et autorisés (comme les conciles).
Ces rapports préconisent donc le contraire de ce qu’il faudrait faire : non seulement les laïcs ne doivent être consultés que pour des objets d’ordre pratique, mais ils devraient être soumis à l’autorité ecclésiastique (curé, vicaire, autorités diocésaines…) dans tout ce qui concerne la vie de l’Eglise (célébrations, animations, catéchismes, pèlerinages, processions etc), ce qui ne leur interdit pas d’être force de propositions, mais dans le cadre d’une structure hiérarchique claire et respectée.
Sur le même ton et dans le même esprit, sont réclamés une révision de « la structure pyramidale de l’Eglise » et de la « concentration des pouvoirs décisionnels » : ce qui est normal dans n’importe quelle autre organisation ne l’est plus dans l’Eglise ; curieuse mentalité, qui répond aux mêmes objectifs de déstructuration étudiés à l’instant.


3) Intégration des femmes dans le clergé
Il s’agit ici d’un très gros morceau, on s’en doute, et pourtant la quasi-totalité des rapports n’hésite pas à préconiser cette révolution : admettre les femmes au sacerdoce.
Sous prétexte « d’égale dignité des baptisés« , et considérant que « la manière dont les femmes sont traitées dans l’Eglise n’est pas ajustée à la mission de celles-ci, à une époque où l’égalité entre les hommes et les femmes est devenue une évidence commune« , les français demandent que « les femmes puissent prononcer l’homélie et qu’elles puissent être ordonnées au sacerdoce« . Même son de cloche du côté de suisses qui demandent « la cessation de l’exclusion des femmes de l’ordination » car « la nomination des femmes à des postes de responsabilité et à des fonctions ou ministères est considérée comme une promesse d’espoir pour une Eglise synodale« .
À côté de ces propositions audacieuses, presque tous les pays soulèvent au moins « la question de l’ordination des femmes » comme les espagnols. Le thème est donc récurrent. Mais, nous dit la Fraternité saint Pie X, « strictement impossible de droit divin« .
Invoquer le principe d’égalité relève de la bêtise absolue ; chacun son rôle, chacun sa place. La nature est ordonnée sur les principes de la différence et de la complémentarité ; ceci est valable aussi pour l’humain. L’équilibre (et l’égalité !) consistent à ce que chacun soit à sa place, et non pas interchangeable comme une vulgaire machine, ce qui d’ailleurs n’est pas applicable sur le terrain sans occasionner de gros dysfonctionnements.
Dieu, nous le savons, a parfaitement ordonné le monde et réparti les rôles ; il a choisi Lui-même pour le sacerdoce, exclusivement des hommes (les apôtres et les disciples). Les femmes, dans l’Eglise, ont su contribuer à l’expansion de la religion et à l’élévation des âmes ; elles ont su placer la sainteté à des hauteurs presque inatteignables, à commencer par la première d’entre elles, La Vierge Marie, mère de Dieu. Elles ont leur place, toute leur place dans l’Eglise et elles ont su le prouver magnifiquement au cours des siècles, mais pas à des fonctions sacerdotales et liturgiques. C’est cet équilibre qu’il convient de conserver, car violer la volonté de Dieu sur un aspect fondamental (le sacerdoce garantit l’administration et la transmission des sacrements) entraînerait des conséquences incalculables. D’où le point suivant.


4) Transformation du sacerdoce
Inévitablement, même si les rapports évitent de prononcer ce mot, la question de la transformation du sacerdoce se pose. D’abord, on l’a vu, par la proposition d’ordination des femmes. Mais aussi par d’autres propositions du même acabit, avancées souvent sous le prétexte des affaires sexuelles ayant secoué l’Eglise ces dernières années.
Ainsi donc, il n’est pas rare que les rapports proposent aussi « d’approfondir le discernement sur la question du célibat des prêtres et de l’ordination des personnes mariées« , ou plus adroitement, selon les français, « que le célibat soit laissé au libre choix des prêtres, de sorte que l’ordination sacerdotale et le mariage soient compatibles. »
Il n’est pas nécessaire sur ce sujet de s’étendre, car la problématique est aussi simple qu’elle est dramatique : au-delà de cette tendance lourde à protestantiser l’Eglise, modifier les règles du sacerdoce, qui est un sacrement rappelons-le, en y introduisant des interdictions divines formelles comme l’ordination des femmes, ou sens-entendues comme le célibat des prêtres, revient à invalider ce sacrement. Cela veut dire que tous ceux qui seraient ordonnés selon ce nouveau rite seraient invalides. Un prêtre invalide équivaut à des sacrements invalides. Des sacrements invalides ce sont des messes invalides et donc la suppression de la Présence Réelle, car l’une des conditions pour que s’accomplisse le mystère de la Transsubstantiation, c’est la validité du ministre qui le célèbre.
Pas de communions valides, pas de confessions valides, aucun sacrement valide, c’est la coupure totale de la grâce ; or la grâce, nous a dit Jésus-Christ, est indispensable pour le salut des âmes : « sans moi vous ne pouvez rien faire« , confirmé par saint Paul : « ma grâce te suffit » (pour résister aux tentations et au péché).
La transformation du sacerdoce dans ce sens, c’est donc la mort assurée de l’Eglise.
Et Dieu ne peut se contredire ou ignorer ses promesses : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » : seuls les sacrements permettent d’assurer cette promesse avec certitude, par conséquent, si le sacerdoce est invalidé, c’est la fin du monde.


5) Intégration des nouvelles mœurs (libertinage et LGBT)
Là nous touchons à un point aussi grave que le sacerdoce, car il s’agit ni plus ni moins de modifier la morale catholique et de rendre licites des péchés graves. Du concile jusqu’à maintenant, l’attitude d’une grande partie du clergé conciliaire et des laïcs a consisté progressivement à relativiser, minimiser, voire carrément ignorer, les règles en matière de mœurs et de morale contenues dans la loi. Attitude encouragée par les prises de position équivoques, douteuses et à la limite de l’explicite du pontife en exercice (Bergoglio). Aujourd’hui, on passe au stade supérieur puisqu’il est envisagé dans les rapports de modifier cette loi, et ceci provient, là encore -fait aggravant-, d’une très large majorité de pays.
L’idée est amenée sous le couvert d’une fausse charité, parce que « résonne la souffrance de ceux qui se sentent exclus des communautés et/ou des sacrements (personnes homosexuelles, divorcées et remariées, etc.) » nous dit le rapport français, ou la nécessité « d’écoute et d’accueil des personnes qui ont besoin d’un accompagnement, en particulier les divorcés-remariés ou les personnes LGBT » pour les espagnols, tandis que les suisses, suivant en cela le modèle allemand, souhaitent « l’arrêt de l’exclusion des personnes déclarant une identité LGBTIAQ  et des divorcés remariés» et réclament « la révision de la morale sexuelle et de l’enseignement de l’Eglise », sous prétexte que ces exclusions et dévalorisations « sont compris comme autant de contradictions intérieures avec la foi et le baptême. »
Peu importe la façon dont est amenée cette révolution : derrière la notion volontairement vague de l’accueil des personnes LGBT ou des divorcés remariés se profile la façon dont l’Eglise doit aborder des comportements qu’elle a toujours considérés comme des péchés mortels : libertinage sexuel, concubinage, adultère, homosexualité… Cette morale se fonde sur trois sources bibliques incontestables : l’Ancien Testament, et notamment le passage de Sodome et Gomorrhe, villes punies de mort pour ce péché (sans équivoque puisque le nom de la ville servira à nommer la pratique sexuelle typique de l’homosexualité), l’enseignement de Jésus-Christ (indissolubilité du mariage d’une part, exclusivement entre homme et femme d’autre part) et les épitres de saint Paul qui préciseront tous ces points (autant sur les dégâts de la vie selon la chair que sur l’homosexualité), et enfin la loi naturelle, elle aussi d’une évidence criante (d’où la notion d’actes contre-nature).
Par conséquent l’Eglise ne peut modifier sa morale sans être en contradiction directe et flagrante avec la Révélation et la loi divine elles-mêmes. Pire, ces péchés sont si graves que la plupart sont classés parmi les péchés mortels (c’est-à-dire qui mènent tout droit à la damnation), et que l’Eglise a classé l’homosexualité parmi les quatre péchés qui « crient vengeance vers le ciel ». Ces classifications sont toujours en vigueur dans l’Eglise « conciliaire » actuelle.
Enfin, ces péchés qui relèvent d’une concupiscence de la chair désordonnée que le chrétien doit combattre en maîtrisant ses pulsions et ses désirs à l’aide de la grâce et des sacrements, en entraînent une multitude d’autres, tout aussi graves, que sont, par exemple, l’onanisme, la contraception et bien entendu, l’avortement.
J’ajouterai que les autorités ecclésiastiques et les laïcs engagés sur ce chemin aggravent leur cas, puisqu’ accueillir les « LGBT » sans distinction, c’est aussi encourager, tolérer voire approuver la théorie du genre, qui s’exprime principalement dans le « T » : les transsexuels. Or il s’agit là, en plus du péché mortel d’homosexualité, d’admettre une grave déviation de la pensée qui consiste à affirmer que l’on peut changer de sexe après la naissance. Au-delà du volet religieux, cette théorie est en contradiction formelle avec l’observation de la loi naturelle, car l’altérité hommes-femmes a été prouvée génétiquement (les chromosomes sont différents), biologiquement (seules les femmes peuvent enfanter), psychologiquement (les différences psychologiques entre hommes et femmes sont un des sujets les plus traités au monde), et morphologiquement (par les organes génitaux). Depuis que l’homme existe, la première réaction à la naissance consiste à identifier le sexe de l’enfant : c’est un garçon ou c’est une fille dit-on naturellement et spontanément depuis toujours. Ainsi la théorie du genre s’offre le luxe de nier une évidence de la loi naturelle prouvée scientifiquement. Elle se complète d’une grave imposture en faisant croire que biologiquement l’homme peut devenir femme et la femme homme ; ces affirmations relèvent de l’arnaque car, même en cherchant à violer la nature, il est impossible d’échanger les organes génitaux : on ne peut pas et on ne sait pas greffer un pénis sur une femme, ni un utérus sur un homme. Seules quelques transformations mineures, chirurgicales et hormonales, parviennent à forcer la nature pour créer une légère illusion. Nier malgré les évidences une loi biologique, morphologique et génétique relève de la maladie mentale. Ainsi donc, en plus de la position morale insoutenable que ces gens veulent imposer à l’Eglise, s’ajoute la participation à une dégradation de la santé mentale des populations, aggravée par le fait qu’elle vise et influence les plus jeunes, qui sont les plus faibles psychiquement, et les plus naïfs. Outre le crime moral, s’ajoutent donc un crime social, intellectuel et psychique.
Bien entendu, si l’Eglise suivait ces recommandations, même en partie, elle signerait son arrêt de mort, tant la déviation morale serait explicite, et parce qu’elle ne peut ni tolérer ni encourager et encore moins légaliser le péché, surtout s’il est mortel, sans faillir irréversiblement à sa première mission : le salut des âmes.
Son rôle au contraire consiste à sortir les gens de l’esclavage du péché, avec bienveillance mais fermeté, selon la formule « dure avec le péché, douce avec le pécheur« , dans le but de permettre à ces pécheurs, une fois repentis, de renouer à terme avec les sacrements. Ne tombons pas dans l’hypocrisie de feindre de croire que « l’accueil et l’écoute » réclamés par les progressistes et les exhortations du « pape » François s’inscrivent dans cette démarche.

6) Progression de l’œcuménisme
Dans ce domaine, le mal est déjà fait. L’Eglise catholique est coutumière d’un discours et d’un enseignement, au plus haut niveau, qui entretiennent l’amalgame et la confusion en sous-entendant que la définition de Dieu est la même partout (ce qui relève du panthéisme) et que le salut est possible en dehors du christianisme. Ces prises de positions sont blasphématoires, sacrilèges et hérétiques, elles violent les premier et second commandements (il n’y a qu’un seul Dieu et celui-ci est Trinitaire, or cette foi n’est pas partagée par les autres religions), ainsi que l’affirmation sans équivoque du Christ qu’il est le seul sauveur et la seule voie du salut : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14 :6). L’Eglise conciliaire ne se rend même pas compte que ses positions contredisent sa propre doctrine toujours officielle ainsi que les paroles du Credo que les fidèles prononcent tous les dimanches à la messe.
Pour illustrer cette nouvelle doctrine quasi officielle, rappelons qu’en février 2019 le « pape » François a signé une déclaration conjointe avec un imam dans laquelle ils parlent de leur « foi commune en Dieu » (comment est-ce possible puisque nous n’avons pas le même Dieu ?) et osent écrire que « la diversité des religions est une sage volonté divine », ce qui est proprement impossible puisque seule l’Eglise du Christ est la voie du salut (que l’on résume par la formule « Hors de l’Eglise point de salut »). Ici on dépasse le stade de l’apostasie pour sombrer dans l’hérésie et le mensonge.
Il est vrai que les rapports synodaux ne demandent pas une modification de la doctrine sur ce point ; il se contentent de réclamer l’extension « du dialogue avec le monde, les autres confessions chrétiennes et les autres religions », certains parlant même d’une « hospitalité eucharistique » qui devrait exister depuis longtemps, ce qui sous-entend de toucher encore à la liturgie.
Mais ont-ils besoin de le faire, la déformation de Dieu et du salut étant devenus majoritaires dans les esprits ? Et puis, modifier la doctrine sur ce point serait tellement gros, tellement visible, que la démarche se verrait et risquerait d’être contrecarrée. L’approche hypocrite actuelle qui consiste à considérer Jésus comme Fils de Dieu à la messe, et ailleurs comme un homme illustre ou un Dieu au gré des circonstances et des interlocuteurs, est bien plus efficace. Il convient donc de rappeler le caractère gravissime, de l’ordre du déicide, de telles idées.


7) Les réformes liturgiques
La liturgie est la grande absente de ce synode. Elle ne semble préoccuper que très secondairement les esprits. Elle est parfois évoquée, bien entendu dans un sens progressiste, soit sur le plan de l’animation liturgique, soit sur celui de l’adaptation des langues, des vêtements ou de « certains rites plus éloignés du temps présent ». Des termes vagues pour pousser à la mutation des messes en mini concerts rocks ou en spectacles d’animations familiaux. La désacralisation forcée depuis le concile a fait des ravages.
Pourtant, je soupçonne les autorités romaines de préparer en secret une réforme radicale de la messe actuelle (dite de Paul VI). On ne peut pas passer son temps à déformer l’idée de Dieu, à déconstruire la Sainte Trinité, à déprécier la nature divine du Christ tout en affirmant parallèlement sa divinité à chaque messe. On ne peut pas déclarer vouloir atteindre la « pleine communion » avec les luthériens (ce qu’a écrit et signé le « pape » François en 2016 en Suède !) alors que ces derniers refusent de croire en la Présence Réelle et ont remplacé le renouvellement du saint Sacrifice par une sorte de commémoration de la cène, sans miracle de la Transsubstantiation.
Par conséquent, une réforme de la messe est très certainement à prévoir, mais gardée secrète pour conserver l’effet de surprise nécessaire pour l’imposer vite et d’un seul coup ; et cette réforme aura pour but de supprimer, d’une façon ou d’une autre, le miracle Eucharistique et la Présence Réelle, autre façon certaine de donner un coup mortel à l’Eglise.

Conclusion

Ce synode, c’est la mort de l’Eglise annoncée. Il est certain que les thèmes abordés par les consultations diocésaines dans chaque pays, et qui curieusement convergent presque toutes vers les mêmes conclusions, à quelques nuances près, sont si révolutionnaires que leur adoption, en tout ou partie, constituerait une mise à mort en règle de l’Eglise. Elargissement du sacerdoce aux femmes et/ou mariage des prêtres, modification de la doctrine sur la foi et/ou les mœurs rendant licites des péchés graves ou consacrant le panthéisme ambiant, réforme de la messe supprimant la Présence Réelle… sont autant d’initiatives qui tueraient définitivement l’Eglise catholique parce que rendant invalides les sacrements et leur délivrance. Il semble que le synode ait été créé pour ça et je dirai même plus, il sert à ça. Nous avons donc encore un an avant de recevoir le coup de lance fatal, quoique je soupçonne leur calendrier d’être plus pressé que ça. L’avenir nous le dira.

Eschatologiquement cette période porte un nom : la Passion de l’Eglise. Or celle-ci doit aller jusqu’à la mort, si on prend pour modèle le déroulé de celle de son divin Maître. Il n’y a donc pas à s’inquiéter ni à se rebeller, le mystère d’iniquité doit s’accomplir jusqu’à son terme, que cela nous plaise ou non, et peu importe que nous n’y comprenions pas tout.
Aujourd’hui, cette Passion est déjà très largement avancée, l’Eglise depuis le concile est devenue méconnaissable suite aux déformations liturgiques et doctrinales qui confirment et prouvent qu’elle a accomplit son apostasie et adopté des positions protestantisées, voire hérétiques.
Il ne reste plus qu’à donner le coup de lance final, celui qui assurera la mort certaine et définitive, c’est le synode sur la synodalité qui s’en chargera.
Mais alors, me dira-t-on, qu’en est-il de la promesse divine que les forces de l’enfer ne prévaudront pas contre son Eglise ? C’est oublier qu’il existe, au sein de celle-ci, une partie saine qui n’a pas déformé la doctrine ni dévoyé la liturgie : la Tradition, qui fait perdurer l’Eglise d’avant, celle sainte et sans tâche, une et apostolique, la véritable Eglise de Dieu, et dont les membres constituent les derniers Témoins de la foi.
L’épisode final de la mort de l’Eglise (conciliaire) aura pour conséquence, aussi, la probable mort, du moins en apparence, de la Tradition, événement que l’Apocalypse décrit dans l’épisode de la « mort des Témoins » ; tout ceci est donc normal, et nous en aborderons les mystères et les secrets lorsque le moment sera venu.
Ainsi donc il n’y a pas à s’inquiéter de toutes ces proches catastrophes, il faut adopter une confiance en Dieu totale, car malgré l’opacité du moment et son incompréhension par nos cerveaux humains, le Bon Dieu gère, et même très bien, cette dernière phase de la fin des temps.


Louis d’Alencourt, le 18 septembre 2022, en la fête de saint Joseph de Cupertino

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La conversion des juifs

Il est temps de clarifier un des points les plus mystérieux de la fin des temps : la conversion des juifs. Cet événement, propre à la théologie chrétienne qui se base essentiellement sur les écrits de saint Paul, est situé par les théologiens et les exégètes à la fin des temps (ou fin du monde) dont il constituera un des phénomènes les plus spectaculaires.
Il est donc indispensable d’en décrypter le sens, d’en découvrir la signification profonde, si on veut être capable de le reconnaître le moment venu.
Pour cela, il faut définir ce que signifie le terme « juif », savoir quelles personnes il est susceptible de désigner, et à partir de là, tenter d’en déduire ce que veut dire « conversion des juifs ».
Sachant que, et cette précision est fondamentale, nous sommes tous obligés de transposer à notre époque des textes écrits il y a deux mille ans ; mais les termes utilisés peuvent-ils être transposés aujourd’hui exactement de la même manière et avec le même sens, compte tenu de l’évolution historique tant des peuples que des religions ? Peu de gens se posent cette question, et pourtant elle est vitale.

Or, on va le voir, le mot « juif » a deux sens ; il désigne :
– d’une part les descendants d’Abraham, Isaac et Jacob ; il s’agit ici d’une définition ethnique, c’est à dire d’un peuple charnel, descendant du patriarche Abraham par le sang ;
– et d’autre part, ceux qui pratiquent le judaïsme, religion dérivée du mosaïsme, à savoir celle du Dieu unique et éternel ; il s’agit là d’un peuple spirituel, descendant d’Abraham par la foi.
Les deux forment le Peuple de Dieu ou Peuple élu, à savoir celui que Dieu s’est choisi parmi toutes les nations pour être SON peuple exclusivement, du moins dans l’Ancien Testament, c’est à dire jusqu’à Jésus-Christ.

Tout ceci est primordial à savoir, car tout membre du peuple de Dieu est appelé Fils de la promesse, et cette promesse divine c’est la domination du monde, et la possession de toutes ses richesses. En théorie, ce peuple est supérieur à tous les autres parce qu’il a été choisi par Dieu, qu’il en possède l’exclusivité (par le sang et par la foi), exclusivité qui ne s’étend pas aux Gentils (les autres peuples non-juifs), et qu’à ce titre, il est le seul à rendre un culte à l’unique et vrai Dieu, culte qui lui a été donné et transmis par Dieu en personne. Je rappelle que le premier des dix commandements est d’affirmer qu’il n’y a qu’un seul Dieu et qu’un seul culte à lui rendre ; or les juifs prétendent, encore aujourd’hui, en tant que Peuple élu, avoir l’exclusivité de cette foi et de ce culte, et donc d’être eux seuls les Fils de la promesse.

Cette distinction (peuple ethnique/peuple spirituel) est confirmée sur Wikipédia :
« L’Académie française distingue entre les Juifs (avec une majuscule — les « personnes descendant de l’ancien peuple d’Israël ») et les juifs (sans majuscule — « personnes qui professent le judaïsme ») ».
Voyons donc ce qu’il en est exactement.

Juif : peuple ethnique ?

J’irai à l’essentiel, sans rentrer dans les détails. Dans la bible Dieu se choisit un peuple exclusif (par le sang, donc ethnique) à partir d’Abraham. Ce peuple sera constitué de sa descendance, à savoir son fils Isaac puis Jacob. A partir de Jacob, ce peuple prend de l’ampleur via ses douze fils qui seront à la tête des douze tribus d’Israël. On leur donne le nom d’hébreux, puis d’israélites à partir de Jacob, parce que Dieu donne à ce dernier un nouveau nom : Israël.
Israël est donc un peuple ethniquement homogène, issu des douze tribus, à qui sera donné une religion et un culte précis, par Dieu via Moïse ; on parlera principalement, pour désigner cette religion, de mosaïsme.
Ce peuple reste homogène ethniquement et territorialement (la Terre promise) jusqu’au roi Salomon. A la mort de Salomon, le royaume se scinde en deux :
– Le royaume d’Israël, ou royaume du Nord, qui prendre ensuite pour nom royaume de Samarie, et qui regroupe dix tribus sur douze ;
– Et le royaume de Juda, au sud, qui regroupe les tribus de Juda et de Benjamin.
Il y a là déjà un fait essentiel à connaître, et hélas ignoré par beaucoup, concernant la succession ethnique des hébreux : c’est que le royaume d’Israël/Samarie disparaît entièrement à partir de la conquête assyrienne. Les Assyriens vont d’une part déporter massivement les israélites des régions conquises, et importer tout autant massivement dans celles-ci des populations étrangères. Les historiens situent aux alentours de 720 avant J.C. la disparition du royaume de Samarie.
Et sur ce point les historiens sont unanimes : dix tribus sur douze ont complètement disparu à cette époque. Enfin presque, parce que la tribu de Lévi, composée des prêtres chargés du service du Temple de Jérusalem et des synagogues, ne possédait pas de territoire en propre. Quelques descendants de ces dix tribus dispersées ont tenté au fil des siècles, de se faire reconnaître en tant que « juifs », constituant une première diaspora, non reconnue, et avec un succès très limité.
Voilà pourquoi, au temps de Jésus, les habitants de ces contrées, tant les Galiléens que les Samaritains, étaient considérés comme des étrangers, parce que le mélange des populations y fut tel durant des siècles qu’il y était impossible de distinguer entre les descendants des hébreux et les étrangers « importés ». Sans compter les différences religieuses.

Ainsi, par défaut, le seul territoire occupé par des hébreux identifiables ethniquement est la Judée,
qui regroupe les tribus de Juda et de Benjamin, avec Jérusalem pour capitale. Voilà pourquoi le mot juif va s’imposer pour désigner les descendants d’Abraham, Isaac et Jacob, parce que juif est dérivé de Juda/Judée/Judéens, soit deux tribus sur douze ; ou plutôt deux tribus et demi, si on prend en compte les rescapés de la tribu de Lévi.

Mais vont-il rester homogènes ethniquement ?
La déportation à Babylone du peuple de Judée constitue une première dispersion. Mais le peuple judéen (juif) se reconstitue et reprend son territoire. Puis ce sera l’invasion romaine, à l’origine de la première diaspora officielle. Puis la chute de Jérusalem en 70 après J.C. sera suivie de la dispersion des judéens survivants à travers le monde. Cette population a-t-elle pu rester homogène ethniquement dans ces conditions comme elle le prétend ?
Rien n’est moins sûr et c’est même impossible : entre les massacres, les pogroms, les mariages mixtes et les conversions, les juifs, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, ne peuvent prétendre au bout de deux mille ans, descendre encore par le sang d’Abraham, Isaac et Jacob.

D’ailleurs ils le reconnaissent eux-mêmes.
Ce sont des juifs tels Benjamin Freedman, Arthur Koestler ou Shlomo Sand qui ont révélé au monde l’existence des tribus Khazars, peuple de la mer Caspienne qui s’est massivement converti au judaïsme au VIIè siècle et dont sont issus la plupart des juifs d’Europe de l’Est, c’est à dire le groupe ethnique connu sous le nom de juifs ashkénazes.
Ainsi donc, le groupe qui constitue aujourd’hui environ 80% de la population dite juive n’a pas pour origine ethnique les hébreux bibliques.
L’historien israélien Shlomo Sand va encore plus loin puisque, selon lui, la diaspora juive serait le fruit de conversions successives.
Ainsi donc, entre ces conversions massives de peuplades non ethniquement juives mais qui se considèrent juives par la religion, et entre les inévitables et très nombreux mariages mixtes (de juifs avec des Gentils ou avec des juifs par la religion et non par le sang, tels les Khazars), le tout étalé sur des siècles, et sachant que ne subsistaient il y a plus de deux mille ans seulement deux tribus sur douze, il est impossible de considérer et d’affirmer que de nos jours ceux qui s’affirment juifs le soient par le sang.

Mais ils entretiennent le mythe, sans se rendre compte des contradictions. Par exemple l’historien français Marc Bloch, qui se présente comme Juif par la naissance et non par religion, dit en introduction de L’Étrange Défaite que « juif » désigne « un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave » (Wikipédia).
Oui mais alors, on ne peut pas être à la fois juif par la naissance (sous-entendu descendant des 12 tribus d’Israël) et reconnaitre en même temps que les juifs se sont recrutés parmi plein de populations différentes qui n’ont rien à voir avec les hébreux bibliques.
Le seul moyen de reconnaître la valeur de juif à ces populations, c’est de privilégier le sens spirituel : ils sont juifs par leur foi commune dans le judaïsme.

C’est d’ailleurs ce que reconnaît en substance l’état moderne d’Israël. L’historien Israël Shahak précise : « Selon le droit israélien, une personne est considérée comme « juive » si sa mère, sa grand-mère, son arrière-grand-mère et sa trisaïeule étaient de confession juive ; ou bien si cette personne s’est convertie au judaïsme d’une façon jugée satisfaisante par les autorités israéliennes ; et à condition bien sûr que la personne en question ne soit pas convertie du judaïsme à une autre religion, auquel cas Israël cesse de la considérer comme juive. »
Donc même Israël le dit : aujourd’hui on est juif par le judaïsme et non par la naissance.

Juif : peuple spirituel ?

L’autre signification du mot juif est de désigner le Peuple de Dieu par la foi, c’est à dire le peuple qui a été chargé par Dieu à partir d’Abraham de professer sa croyance dans le Dieu unique et éternel de la bible, et à lui rendre un culte spécifique, dont les modalités ont été fixées par Dieu lui-même et transcrites dans plusieurs livres tels que le Deutéronome ou le Lévitique. On appelle cette religion le mosaïsme, car héritée de Moïse, le patriarche chargé de la transmettre et de la faire appliquer.
Cette religion va petit à petit se scinder en différents courants dont les principaux étaient, du temps de Jésus, les Esséniens, les Zélotes, les Pharisiens et les Sadducéens. On ne parlait pas alors de judaïsme, terme lui aussi dérivé de Judée, qui apparaîtra lorsqu’il faudra distinguer la religion des Judéens (des juifs) de celle naissante d’un certain christianisme.

MAIS, et là encore c’est primordial parce que ça change tout, nul n’ignore que la promesse de Dieu est double : la domination du monde certes, mais d’abord et avant tout l’avènement du Messie, du Fils de Dieu en personne, venue vers laquelle tend tout l’Ancien Testament et en laquelle sont placés tous les espoirs du peuple hébreu. Venue qui doit se faire exclusivement au sein du Peuple de Dieu, voilà pourquoi Dieu s’est choisi un peuple à la fois charnel et spirituel : pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur l’Incarnation du Fils de Dieu : il ne peut se révéler et prendre la nature humaine qu’au milieu de SON peuple, peuple par le sang et par la foi, puisqu’il est alors le seul au monde à pratiquer la religion du vrai Dieu. D’où l’homogénéité ethnique et spirituelle.

MAIS, et là encore j’insiste tellement c’est important, lorsque le Messie se révèle sur terre, c’est pour annoncer aux hommes une nouvelle forme de son Peuple, une évolution qui ne pouvait avoir lieu qu’à partir du Messie.
Cette nouvelle forme c’est le fait que le Peuple de Dieu devient exclusivement spirituel, dévoile Jésus-Christ, le Messie tant attendu. « Mon royaume n’est pas de ce monde » dit-il, parce qu’il ne relève pas du domaine matériel mais du domaine spirituel : le Christ veut régner dans nos âmes.
Or l’extraordinaire mutation qu’offre Jésus qui fait de tout homme un Temple de Dieu (par la Présence divine dans son âme), ne pouvait être possible qu’à partir du moment il avait institué les Sacrements, c’est à dire les moyens divins de rendre concrète cette spiritualisation des âmes à tous, et pas seulement à une poignée de privilégiés.

Voilà pourquoi le Messie révèle un nouveau statut du Peuple de Dieu qui ne pouvait pas être connu auparavant ; et voilà pourquoi, du coup, la possibilité d’être membre du peuple de Dieu s’élargit à tous les hommes, juifs de naissance comme Gentils.
Je rappelle que les descendants d’Abraham, Isaac et Jacob, avaient droit au titre de Fils de la Promesse, de Fils de Dieu. Or le Christ étend ce statut à tous ceux qui croient en lui, nous rappelle saint Jean dans le prologue de son évangile : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux-là qui croient en Lui. » (Jean 1:12)
Et le nouveau peuple de Dieu, élargi de cette façon, puisque sa pierre d’achoppement c’est le Christ, porte désormais un nouveau nom, dérivé de son fondateur : le christianisme, les chrétiens.

Il faut donc bien comprendre cette distinction essentielle :
Le mot juif pris dans son sens spirituel c’est à dire désignant le peuple de Dieu, est remplacé par le mot chrétien à partir de Jésus-Christ, parce qu’il désigne les mêmes personnes.
Cela veut dire que lorsqu’on transpose un texte de l’Ancien Testament dans le monde après Jésus-Christ, les termes Israël, juif ou peuple de Dieu doivent être appliqués aux chrétiens et non pas aux juifs, puisque les juifs après Jésus ne désignent plus les enfants de Dieu.

Il est là le drame du sens spirituel du mot juif : il ne désigne plus depuis Jésus le Peuple de Dieu.
Et Jésus ne l’a pas caché : « C’est pourquoi je vous le dis : le royaume de Dieu vous sera ôté pour être donné à un peuple qui en produira les fruits. » (Matthieu 21:43).
C’st très clair : Jésus leur dit que le royaume spirituel n’est plus entre les mains des juifs mais d’un autre peuple, celui qui sera appelé les chrétiens, un mot au singulier (peuple) pour montrer que le principal c’est la foi qui les unit.

Voilà pourquoi en réaction, les juifs qui ne se convertirent pas vont créer le judaïsme, rabbinique au départ, talmudique par la suite, qui continue à se considérer comme le peuple élu.
C’est un mensonge, au même titre que la mystification ethnique dont on parlait plus haut : le judaïsme n’est pas la religion de Dieu.
La religion de Dieu c’est le christianisme, c’est à dire le mosaïsme initial corrigé, enrichi et sanctifié par le Messie.
Sans la mise à jour effectuée par le Messie, le judaïsme perd son statut de religion de Dieu, même s’il fait référence au mosaïsme de l’Ancien Testament et le perpétue en partie.
D’ailleurs les chrétiens se réfèrent tout autant à l’Ancien Testament que les juifs et sont les seuls à disputer aux juifs le statut de Peuple de Dieu. À raison.

Ceux qui se disent juifs mais ils mentent et ne le sont pas

Constatation N°1 : le juif ethnique n’existe plus. Les juifs actuels qui prétendent descendre encore d’Abraham, Isaac et Jacob (d’être les hébreux bibliques) mentent et s’illusionnent eux-mêmes.
Ils n’ont donc pas droit en réalité au nom de « juif » du moins dans sa définition charnelle.

Constatation N°2 : le juif spirituel, c’est à dire Peuple de Dieu par la foi et la religion n’existe plus non plus. Car le judaïsme talmudique et rabbinique n’est pas l’héritier du mosaïsme initial puisqu’il a refusé l’évolution que le Messie, Dieu le Fils, a apporté à cette religion, qui s’est développée sous le nom de christianisme, seule religion désormais à assurer la continuité avec le mosaïsme.
Les pratiquants actuels du judaïsme n’ont donc pas le droit au nom de « juif » dans sa définition spirituelle.

Trois preuves :

1) l’Apocalypse
À plusieurs reprises, saint Jean dans l’Apocalypse emploie cette mystérieuse phrase :
« Voici donc que je te donnerai quelques-uns de la synagogue de Satan, qui se disent être juifs et ils ne le sont pas, mais ils mentent. » (Apoc. 3:9)
Paroles mystérieuses ? Plus maintenant. N’oublions pas que nous transposons plusieurs siècles en avant des paroles écrites au 1er siècle. Puisque depuis Jésus les juifs ont perdu leur statut de peuple spirituel, et qu’ils ont aussi depuis bien longtemps perdu leur statut de peuple ethnique, saint Jean nous dit tout simplement (ces paroles sont données à l’église de Philadelphie, la 7è église !) qu’à cette époque là, ceux qui se diront juifs, que ce soit par la foi ou par le sang, seront des menteurs. C’est parfaitement exact.
Et puisque nous transposons, ça marche aussi dans l’autre sens, c’est à dire quand le mot juif est pris dans le sens de chrétien, de Peuple de Dieu, parce que là aussi, il existe un certain nombre de faux chrétiens. Les Protestants et leurs dérivés, du fait de leurs hérésies et de leurs déformations de la foi, utilisent abusivement le nom de chrétiens. Ce sont des menteurs, ils ne font pas partie de la chrétienté, ils se disent juifs (dans le sens de chrétiens) mais ils mentent et ne le sont pas.

2) La tribu de Dan
Dans un autre passage célèbre de l’Apocalypse, le décompte des justes, ceux-ci sont dénombrés symboliquement par 12000 issus des douze tribus d’Israël, sauf celle de Dan, ce qui a suscité de nombreuses hypothèses, et notamment celle que cette absence indiquerait que l’Antéchrist serait issu de la tribu de Dan.
Pourquoi pas. En fait, c’est très simple : chaque tribu s’était vu attribuer un territoire donné. Sur le territoire de Dan se trouvait un port, qui porte aujourd’hui le nom de Tel-Aviv. Et Tel-Aviv c’est la capitale de l’Israël actuel ; c’est à Tel-Aviv que Ben Gourion proclame la naissance de l’état d’Israël moderne en 1948.
Cela veut dire en clair que les juifs actuel, qui considèrent Israël comme leur pays, sont les seuls à ne pas faire partie des 12 tribus de justes c’est à dire à ne pas faire partie du peuple de Dieu : donc ceux qui se disent juifs aujourd’hui sont les seuls à ne pas être juifs dans le sens spirituel du terme !
En réalité ils ne sont pas juifs. Ni charnellement, ni spirituellement. Incroyable la précision donnée 18 siècles avant !

3) Les Evangiles
La symbolique des 12 tribus reprise dans l’Apocalypse est utilisée par Jésus qui, à plusieurs reprises, parle du Royaume de Dieu où ses apôtres pourront « siéger sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Luc 22:30)
Il est certain que Jésus ne parle pas ici des douze tribus dans leur sens littéral, ne serait-ce parce que déjà, de son temps, il n’en subsiste plus que dix sur douze. Il emploie cette expression dans le sens mystique habituel de Peuple de Dieu, et nous savons tous que le Peuple de Dieu est un ensemble qui évolue au fil du temps : ce sont d’abord les justes jusqu’à Abraham, les hébreux-israélites-juifs ensuite, les chrétiens enfin : c’est tout ça en réalité les douze tribus d’Israël.
Et sûrement pas ceux qui se disent juifs aujourd’hui et qui ne sont ni les descendants des israélites, ni des enfants de Dieu.
Il faut donc constamment corriger dans son sens mystique et spirituel, en tenant compte des évolutions historiques depuis Jésus-Christ, le langage que nous lisons dans les Ecritures Saintes, qu’il s’agisse de l’Ancien ou du Nouveau Testament, surtout quand nous le transposons à notre temps.

Mais alors, QUI sont les juifs qui doivent se convertir ?

Sur quels textes avons-nous bâti le concept de la conversion des juifs ? J’utilise sciemment le mot concept car, on vient de le voir, la déduction n’est pas aussi évidente qu’elle en a l’air.

La doctrine de la conversion des juifs se base essentiellement sur l’épître aux Romains de saint Paul, et principalement sur les extraits suivants :

« Or, si leur chute a été la richesse du monde, et leur amoindrissement la richesse des Gentils, que ne sera pas leur plénitude!
Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une résurrection d’entre les morts ? »
(Rom. XI, 12 et 15)

« Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse ; une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le Libérateur pour ôter les impiétés du milieu de Jacob. Et voici quelle sera Mon alliance avec eux lorsque J’effacerai leurs péchés« . (Rom. XI, 25-27)

Ceci est complété dans la 2è épître aux Corinthiens (3:15) où saint Paul révèle aussi le retour des juifs au Seigneur : « Oui, jusqu’à ce jour, lors de la lecture de Moise, un voile s’est posé sur leur cœur. Quand ils se convertiront au Seigneur, le voile tombera. »

Effectivement, quand on lit saint Paul, il parle des hébreux bibliques et de leurs descendants les juifs ; il précise d’ailleurs qu’il est lui-même « Israélite, du lignage d’Abraham, de la Tribu de Benjamin« . (Rom. XI, 1).
Mais ce qui était valable du temps de saint Paul n’est plus applicable aujourd’hui puisque ceux qui se disent juifs ne le sont ni ethniquement ni spirituellement.
Dieu, qui parle par la voix de saint Paul, le savait : par conséquent, s’il n’y a pas d’erreur, il nous faut découvrir QUI est désigné par ces paroles.


L’abbé Julio Meinvielle, théologien de la première moitié du XXè siècle, analysant ces éléments dans son livre Les juifs dans le mystère de l’histoire, va nous mettre sur la voie. Je propose ici une thèse personnelle, élaborée à partir de la réflexion et de la méditation sur tous ces sujets, à l’aide des explications des uns et des autres qui, involontairement, nous mettent sur la piste.

Voici quelques extraits, certains passages reprenant des thèmes abordés plus haut, mais dont la progression des idées conduit à une proposition à laquelle l’auteur n’avait pas pensé :

« Le peuple juif, fils d’Abraham, a donc son origine en Dieu, parce que c’est Lui qui le sélectionne du reste de l’humanité, et parce qu’Il lui promet Sa bénédiction de telle façon qu’en lui seront bénis tous les lignages de la terre.
Alors, Israël est grand, et grand d’une grandeur théologique.
Mais cette grandeur d’Israël repose-t-elle purement sur sa descendance charnelle d’Abraham, en lequel ce peuple est formé dans les côtes du Patriarche, ou bien repose-t-elle sur la foi qu’a Abraham en la Promesse de Dieu ?
Cela est extrêmement important : parce que si les bénédictions de Dieu sont pour la descendance charnelle d’Abraham, alors, du fait d’être fils d’Abraham, le peuple juif sera choisi et béni entre tous les lignages de la terre. Si par contre les bénédictions sont réservées à la foi en la Divine Promesse, la simple descendance charnelle n’a pas de valeur ; il faut descendre d’Abraham par la foi à la Promesse, c’est-à-dire une descendance spirituelle fondée sur la foi. »

Puis Meinvielle compare Ismaël et Isaac :
« Ce n’est donc pas la descendance charnelle d’Abraham qui sauve, mais son union spirituelle par la foi au Christ.
Le peuple juif formé en Abraham, ce n’est pas précisément par son union charnelle avec Abraham, mais en s’assimilant dans la foi, en croyant au Christ, qu’il pourra atteindre son salut.
Tous ceux qui s’unissent au Christ forment la descendance bienheureuse d’Abraham et des Patriarches, et sont l’objet des Divines Promesses. L’Eglise est Sarah rendue féconde par la vertu de Dieu. L’esprit vivifie, et la chair, au contraire, ne vaut rien, dira plus tard Jésus-Christ. (Jean 6) ».
Meinvielle rappelle ce qui a été dit plus haut : on ne peut dissocier l’Ancien du Nouveau Testament, on ne peut dissocier la Promesse divine du Christ. Tout est relié au Christ, à commencer tout le contenu de l’Ancien Testament.
Il explique également qu’Abraham a deux lignées charnelles : Ismaël et Isaac ; mais seule la ligné d’Isaac est valable parce qu’elle représente et symbolise la lignée spirituelle, seule valable dans l’économie divine.

Nuances que confirme Meinvielle :
« Aussi faut-il distinguer entre les vrais israélites, parce qu’ils imitèrent sa foi en Dieu en croyant en Jésus-Christ – ce sont eux figurés par Isaac – et les Israélites qui descendent d’Abraham par la chair sans imiter sa foi – ce sont eux préfigurés par Ismaël. »

« Saint Paul, dans son Epître aux Romains, où il révèle le mystère du peuple juif, fait voir comment Esaü, l’aîné selon la chair, c’est le peuple juif uni à Abraham par les simples liens du sang, et Jacob le frère cadet, c’est l’Eglise (formée de Juifs et de Gentils), qui, parce qu’elle est unie par la foi au Christ, est préférée à Esaü. »
Ici il répète la symbolique des 12 tribus d’Israël : le peuple de Dieu ne trouve son accomplissement, sa pérennité et sa continuité que dans le Christ. Pas de peuple de Dieu sans Jésus-Christ à sa tête, et ce dès Jacob, dès l’Ancien Testament.

« Face à l’Eglise, qui est Isaac, Jacob, Abel, que va faire la Synagogue ? Que va faire le juif ?
Il remplira le rôle d’Ismaël, d’Esaü, de Caïn.
Que faisait Ismaël avec Isaac ? Il se moquait de lui et le persécutait. Que faisait Esaü contre Jacob ? La Genèse nous dit : (XXVII) « Donc Esaü hait toujours Jacob pour la bénédiction que son père lui avait donnée. Et il disait en son cœur : viendront les jours de deuil de mon père, et je tuerai mon frère Jacob. »
Voici le rôle qui incombe dès lors à la Synagogue, au juif qui reste juif et ne veut pas reconnaître le Christ : il s’emploiera à persécuter l’Eglise, comme le fait remarquer l’Apôtre.
Et il devra le faire parce que telle est sa mission, son rôle théologique. Alors le juif sera l’agent de l’iniquité. »
Je ne sais pas si le lecteur a remarqué que l’abbé Meinvielle, ici, sans y apporter lui-même de l’attention, vient d’étendre la notion, le statut de « juif » à tous ceux qui remplissent dans la bible le rôle d’ennemis des enfants de Dieu : Caïn, Ismaël, Esaü, autant de personnages qui ne sont pas considérés comme juifs alors que les deux derniers en ont le sang, puisqu’ils descendent eux aussi d’Abraham.
Mais laissons-le continuer son raisonnement :

« Après le Christ, il n’y a, pour les descendants d’Abraham, que deux chemins : ou bien être chrétiens en adhérant au Christ, ou bien être juifs. Celui, qui sciemment, ne se convertit pas sincèrement au Christianisme, est juif, avec toutes les perversités sataniques de la race stigmatisée. »
Cela veut dire que le mot juif prend un autre sens : il désigne une nouvelle race spirituelle, ceux qui s’opposent au Christ, la race des ennemis de Dieu dont il prend, en quelque sorte, la direction.

« Dans le monde actuel, dans toutes les manifestations de la vie, il ne peut y avoir que deux modes véritablement fondamentaux, deux pôles d’attraction : le chrétien et le juif. Seulement deux religions : la chrétienne et la juive. Seulement deux internationalismes : le chrétien et le juif. Tout ce qui n’est pas du Christ et pour le Christ se fait en faveur du judaïsme. De là vient que la déchristianisation du monde va de pair avec sa judaïsation.
Pourquoi ne peut-il y avoir que ces deux modes ? Parce que ce sont les seuls voulus par Dieu. Ce sont les seuls théologiques. Dieu a réparti le monde entre Isaac et Ismaël, entre Jacob et Esaü, entre Caïn et Abel, entre le Christ et l’Anti-Christ.
Toutes les forces humaines doivent se replier sur l’un ou l’autre front. »

Ces mots de l’abbé Meinvielle éclairent d’un jour nouveau le sens que l’on peut donner au vocable juif à partir de Jésus-Christ : en réalité il recouvre tous les ennemis actifs du Christ et de la chrétienté. Pas seulement ceux qui se prétendent juifs à l’heure actuelle, et qui ne le sont pas dans les deux sens du terme (tant ethnique que spirituel), mais tous ceux qui s’associent à eux dans le but de détruire la chrétienté.

Ceci explique aussi le fait que l’on retrouve des juifs dans toutes les grandes œuvres du démon contre le Christ : derrière la création de l’Islam, derrière la Renaissance, derrière la Réforme protestante, derrière la Franc-maçonnerie, derrière la Révolution, derrière le Capitalisme, derrière le Communisme… sont-ils tous juifs ? Oui dans le sens Enfants de Satan, et ceci recouvre bien plus de monde que les juifs ethniques, réels ou supposés.
Ceci explique aussi le fait qu’il y ait eu beaucoup de conversions au judaïsme et que cela ne pose pas de problème aux juifs en tant que tel, parce que ce qui unit tous ces hommes, c’est la haine du Christ et des siens, et ce qui les relie, c’est la contre-religion que constitue le judaïsme ; dans ce cadre, peu importe que ces hommes soient ethniquement des descendants d’Abraham, ils le deviennent par l’iniquité de leurs actes, qui les classent dans la catégorie des Esaü et des Ismaël, autres enfants d’Abraham, les véritables juifs selon Meinvielle. Et ce sont ces gens-là qui forment l’Antéchrist-système. La synagogue de Satan selon l’expression de saint Jean.

Conclusion

Après avoir méthodiquement exploré le sujet, on est sûrs que les juifs contemporains ne sont ni des descendants des hébreux bibliques, ni le Peuple de Dieu dans son sens spirituel. En fait ils ne sont pas juifs dans les deux sens du terme. Par contre, dans le vocabulaire théologique chrétien, à partir de Jésus-Christ, on peut estimer que le terme juif désigne l’ensemble des ennemis actifs du Christ.

Donc par extension, la conversion des juifs, c’est la conversion de tous les païens, de tous ceux qui n’ont pas encore la foi dans le Christ et qui seront convertis à la fin des temps : c’est la conversion générale des non-chrétiens, y compris des ennemis de Dieu, du moins de ceux qui le mériteront, ainsi que le retour à la foi des mauvais chrétiens (Protestants et dérivés) et même des chrétiens apostats, car tous sont concernés en tant que juifs, c’est à dire enfants de Dieu. Voilà ma thèse.

Conversion générale qui est le thème central des prophéties de Marie des Vallées, une mystique du XVIIè siècle, protégée de saint Jean-Eudes. Notre-Seigneur lui a dit « que le péché détruit, tout le monde se convertira« , ainsi que « Pour la conversion générale, tous les amis de Dieu à la fois se répandront sur la terre pour faire le siège des âmes. »
Conversion générale qui peut s’envisager à la Résurrection des Témoins, d’où l’allusion de saint Paul au principe de la Résurrection.
Mais auparavant, il faut détruire le péché, c’est le rôle de la grande tribulation : Notre-Seigneur et la Vierge Marie ont dit plusieurs fois à Marie des Vallées « qu’il viendra une grande et horrible affliction par laquelle ils anéantiront tous les péchés de la terre« . Cette tribulation est passée en phase active au concile Vatican II, car Notre-Seigneur appelle l’Eglise le calice du monde, et pour Lui « la défaillance du corps ecclésiastique est la plus grande douleur que connaisse le monde, même si le monde n’en a pas conscience. »
Mais il faudra aller jusqu’au bout du processus, jusqu’à la chute de Babylone et des bêtes, avant d’arriver à la conversion des juifs c’est à dire à la conversion générale.

Louis d’Alencourt, le 29 juillet 2022, en la fête de sainte Marthe

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La réforme de la messe, plan secret du Vatican

Depuis le pape François, Rome n’est plus catholique, c’est à dire que le Vatican n’est plus la religion de Jésus-Christ, Dieu fait homme. Le Vatican est mondialiste, humaniste, écologiste, œcuménique, vaccinaliste même, mais il n’a plus Jésus-Christ comme clé de voûte.
Sa clé de voûte, sa pierre d’angle, c’est la dignité de la personne humaine, la fraternité humaine entre tous les hommes du monde, sans Jésus-Christ pour guide, pour moteur et pour maître.
Il suffit de lire les encycliques ou les exhortations apostoliques du pape François pour découvrir qu’il ignore totalement Jésus-Christ, pour lui préférer un humanisme maçonnique dont il écrit la théologie.
Pour ceux qui ignoreraient encore ce qu’est la Franc-maçonnerie il faut savoir que dès le XVIIIè siècle « des Mgr Conan de Saint-Luc, des Le Franc, des Barruel dénoncèrent, dans la Maçonnerie, l’instrument de la déchristianisation de la France » (Louis Dasté), et que l’histoire depuis 1789 a prouvé que celle-ci a toujours été l’ennemi le plus acharné de la chrétienté et du Vatican.
Ainsi donc, il y a des questions à se poser sur la nature même de la théologie et de l’enseignement du pape François quand la Grande Loge Maçonnique d’Espagne déclare dans un communiqué être en pleine harmonie avec ce qu’a écrit le pape François dans l’encyclique Fratelli tutti d’octobre 2020.
Bien sûr, ces positions et ces évolutions s’inscrivent dans un vaste mouvement d’idées et de réformes initiées par le concile Vatican II, mais jusqu’au pape François -que je considère comme l’Antéchrist, pour mémoire- il subsistait encore un peu de catholicité et de morale dans l’Eglise dite conciliaire.
Ceci est désormais caduque, Rome professe la religion de l’humanité, nouvelle religion universelle dans laquelle Jésus-Christ n’est qu’un Dieu parmi les autres, et encore…

Bergoglio (le pape François) est sans chiffre parce qu’il est unique, il est à la fois le dernier et le premier. Le dernier pape de l’ex-catholicisme et le premier chef de la nouvelle religion de l’humanité. Il est chargé d’accomplir la dernière mutation de l’Eglise, on pourrait même dire sa mue ; il ne s’agit pas d’une disparition en tant que telle, mais d’une transformation. Elle n’aura même pas besoin de changer de nom, parce quesa requalification en religion de l’humanité constituera de facto la disparition de l’original.

Cependant il subsiste un problème de taille : la messe.
La messe fait tâche d’encre, elle ne colle pas avec ce discours ni son esprit, ni même l’ambiance. Car la messe, même sous sa forme ordinaire (la messe de Paul VI), même dénaturée, est peut-être le dernier lieu, le dernier office, à vénérer ostensiblement Jésus-Christ comme Dieu, malgré leurs efforts pour le diluer dans l’humanisme ambiant. En tous cas, la messe telle qu’elle existe encore -et je rappelle qu’elle constitue l’office principal des catholiques- n’est pas compatible avec cette nouvelle théologie, qui voit Dieu partout, dans toutes les religions, justement parce qu’elle ne lui donne pas son vrai nom : Jésus-Christ. Sauf à la messe.
C’est une incongruité. Une incompatibilité avec la nouvelle théologie du Vatican. En toute logique, elle aurait déjà dû être réformée, adaptée au goût du jour, assaisonnée d’œcuménisme comme tout le reste, pour qu’elle soit compatible avec leur nouveau Dieu, universel et non Trinitaire.

Mais ce n’est pas si simple.
Il faut rappeler que la messe catholique ou orthodoxe est le seul office religieux qui prétende faire venir Dieu en personne sur l’autel à chaque office. Aucune autre religion n’a une telle prétention, personne n’ose prétendre faire venir Dieu sur place et encore moins physiquement (car c’est bien l’objet du miracle de la Transsubstantiation : l’hostie et le vin dans le calice sont les signes visibles d’une Présence divine réelle, par définition invisible puisque Dieu est un pur esprit. D’où leur changement de substance : la Présence Réelle est physique !)
Personne ne le fait parce que cette idée ne peut pas et ne pouvait pas être humaine : seul Dieu pouvait en avoir l’idée et l’instaurer parmi les hommes. Parce que si Dieu ne se rendait pas présent à ce moment-là, la supercherie serait découverte et la religion en question ferait long feu. Voilà pourquoi aucune religion, en dehors de nous, ne prend le risque de déclarer faire venir Dieu durant ses célébrations. Si c’était facile à faire, et s’il suffisait de l’affirmer sans preuve, tout le monde le ferait. Or personne ne le fait. Même pas les Protestants, parce que le fondateur des protestants, Luther, savait très bien au fond de lui-même, qu’il était un hérétique coupé de la grâce et du soutien divin. Pour tromper son monde, il a donc institué à la place de la messe une célébration commémorant la Sainte Cène mais sans Consécration ni miracle de la Transsubstantiation. La messe de Luther n’est qu’une cérémonie où l’on prie Dieu comme dans toutes les autres religions, sans le signe distinctif qui fait le privilège de la seule vraie religion, de la seule agréée par Dieu parce que fondée par Lui, un signe exceptionnel inégalable et inimitable : la Présence Réelle.
Et la garantie de la Présence Réelle est donnée d’une part par l’expérience unique de la vie divine en soi (la véritable spiritualité) et par les innombrables miracles accomplis chez les catholiques seuls. Rappelons que le principe des Ex-voto et de la canonisation n’existe que dans le catholicisme et l’orthodoxie. Aucune religion ne nous imite sur ce plan et pour cause : parce qu’aucune ne peut prétendre aux miracles qui prouvent la présence de Dieu. Les plaques de remerciements (Ex-voto) témoignent de ces miracles au quotidien et n’existent que dans nos églises, de même pour les saints, une canonisation ne peut être prononcée qu’après constat avéré d’un ou plusieurs miracles liés au saint. Voilà pourquoi les protestants ont abandonné le culte des saints : là aussi, Luther savait très bien que dans sa contrefaçon du christianisme il n’y aurait pas de miracles et donc pas de saints ; pour le masquer, l’astuce a consisté à supprimer le culte des saints.

D’autre part, l’Eucharistie catholique est le principal sacrement qui unit l’homme à Dieu, appliquant à l’homme le mystère de l’union hypostatique effectuée par le divin Maître. Par les sacrements, mais principalement par l’Eucharistie car celui-ci a l’éminente qualité d’être répétitif, Dieu insuffle à l’homme la grâce sanctifiante, et le divinise en s’unissant à la nature humaine, c’est à dire non par le corps mais par l’esprit (c’est le véritable sens du mot spirituel, la vie spirituelle ne peut s’appliquer en réalité qu’aux catholiques en état de grâce et sûrement pas à tout le monde). C’est dans notre âme que Dieu habite, c’est notre âme que Dieu nourrit par ses sacrements, principalement l’Eucharistie, faisant de ses enfants des temples du Saint-Esprit selon l’expression de saint Paul.
Voilà pourquoi le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde (matériel) mais d’ordre spirituel. C’est par l’âme que Dieu s’unit à l’homme.

Ainsi donc, modifier la messe n’a rien d’anodin.
C’est même un acte crucial car si la Présence Réelle disparaît, alors les caractéristiques divines du catholicisme disparaissent. Au même titre que les autres religions, nous nous réunirions pour prier et honorer Dieu lors de célébrations qui n’ont plus leur spécificité d’origine divine.
Autrement dit, Dieu n’aurait plus SA religion.
Et donc la promesse de Jésus-Christ « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » ne s’appliquerait plus, puisque de toute évidence, il est avec nous via la Présence Réelle et donc via la Sainte Messe. Ce qui veut dire que lorsque cette promesse tombera, nous serons arrivés à la fin du monde.
Voilà pourquoi, même la réforme liturgique de 1969 instituant la nouvelle messe dite de Paul VI, toujours en vigueur, n’a pas osé supprimer la Consécration et le miracle de la Transsubstantiation.

Je continue à penser et à affirmer qu’une nouvelle réforme de la messe supprimant cette fois-ci pour de bon la Présence Réelle, donc la validité de la consécration, est un projet soigneusement gardé secret par le Vatican compte-tenu de son importance, et qui constituera la dernière étape de la transformation de l’Eglise.
Il y a deux façons d’invalider le processus de la consécration :
– soit par une réforme liturgique du rite
– soit par la réforme du sacerdoce
Je penche prioritairement pour le premier cas (réforme du rite) car le sacerdoce, même si on voit bien que son évolution est en projet (contenant le mariage des prêtres et l’ordination des femmes, le synode sur la synodalité sert à préparer cela – ce qui invaliderait immanquablement le sacerdoce) ne concernerait que les futurs prêtres, c’est donc du long terme, alors que changer le rite peut s’appliquer immédiatement et universellement.

Voyons donc la stratégie qu’ils semblent avoir adoptée, du moins telle que je la comprends.

Longue préparation cachée et effet de surprise

Même si je pense que le projet est ancien et constitue une des missions fondamentales confiées à Bergoglio, ils ne peuvent la mettre en œuvre tant que Benoît XVI sera en vie, car le pape émérite s’y opposera, et il constitue encore une autorité spirituelle de poids que l’on ne peut ni écarter ni négliger. Déjà, le verrou à faire sauter, c’est Benoît XVI.
Il est probable qu’ils aient déjà essayé, mais jusqu’à maintenant en vain ; n’oublions pas que Dieu reste le maître de tout.

Préparation psychologique
Une autre étape, de long terme, constitue à continuer à dévaloriser et désacraliser la messe de Paul VI, dite Ordinaire. Déjà très abîmée en soi, elle subit de multiples changements et adaptations qui, selon les cas, tiennent plutôt du spectacle et du divertissement, ou bien de la réunion de prière, ou bien de la réunion œcuménique. Il est à noter d’ailleurs que des messes œcuméniques, c’est à dire compatibles avec les rites protestants, et donc sans Présence Réelle valide, sont organisées régulièrement ici ou là. Même s’il s’agit d’initiatives locales et irrégulières, elles n’en constituent pas moins des tests afin de mesurer la réaction des fidèles. Toutes ces démarches ont aussi pour but d’habituer les fidèles aux changements permanents.

Suppression de la messe traditionnelle
L’autre étape indispensable, c’était la suppression du motu proprio de Benoît XVI autorisant la coexistence des deux rites : le rite tridentin dit de saint Pie V et le rite de Paul VI.
Après avoir cherché en vain à interdire l’ancien rite, les stratèges du Vatican avaient réussi à le circonscrire uniquement aux structures dites traditionalistes. Et patatras, par son motu proprio du 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI annule tous ces efforts en réaffirmant la place du rite de saint Pie V dans l’Eglise universelle et en levant les nombreuses complications qui rendaient sa célébration quasiment impossible dans l’Eglise conciliaire.
Il est évident que cette situation était inacceptable pour les progressistes et particulièrement pour l’équipe de Bergoglio. Tardivement, probablement toujours à cause de la présence de Benoît XVI, le 16 juillet 2021 il y a un an, le motu proprio Traditionis Custodes mettait fin à cette exception et revenait au point de départ de 1969 : interdiction de célébrer selon l’ancien rite (tridentin) dans l’Eglise universelle et réaffirmation que le nouveau rite (de Paul VI) est le seul agréé et possible.
Hormis leur haine de la vraie sainte messe, je pense aussi qu’il leur fallait éviter un piège redoutable dans le cadre de leur projet de remaniement de la messe : s’ils avaient conservé cette coexistence messe Ordinaire/messe Extraordinaire, les prêtres auraient pu refuser d’adopter le nouveau rite en basculant légalement sur le rite tridentin. Même chez les modernistes, il n’y a pas unanimité sur la question de faire évoluer la liturgie, et encore moins de supprimer la Présence Réelle.
Il était donc indispensable, avant d’envisager quelque réforme que ce soit, qu’il n’y ait qu’un seul rite officiel et obligatoire, afin de pouvoir le modifier par la suite sans que personne n’ait le choix de s’y opposer ou de trouver une solution de remplacement. Comme en 1969.

Préparatifs en douceur
Après Traditionis custodes, qui n’était qu’une étape nécessaire en vue des suivantes, il était normal que Bergoglio commence à préparer les esprits, mais toujours en douceur.
Ainsi donc, il y a quelques jours,le 29 juin 2022, le Vatican a publié une lettre apostolique du pape François, intitulée Desiderio desideravi, « sur la formation liturgique du peuple de Dieu ».
Là Bergoglio et son équipe commencent à clarifier la situation. Ils rappellent que la messe actuelle, celle de Paul VI, est la seule valide et autorisée, et que ce rite est l’expression de la nouvelle ecclésiologie du Concile. Donc il font explicitement le lien avec le concile. S’ensuit un rappel des différentes modalités de la réforme liturgique du concile (toujours cette nécessité du changement, ou de l’évolution, permanents). Mais ils ne parlent pas, ou très peu, d’une grande réforme de la messe à venir. Pareil dans les rapports nationaux qui parviennent actuellement au Vatican dans le cadre du synode, ne sont évoquées que des réformes vagues et discrètes de la liturgie. Pourquoi, alors qu’ils ne pensent probablement qu’à ça ?

Le coup de force
Parce que la réforme de la messe est un très gros coup, on l’a vu. Même des esprits préparés et habitués au nouveau langage œcuménique et aux changements n’accepteraient pas forcément de leur plein gré une telle modification du rite. Il est très probable qu’il y ait, dans les rangs de l’Eglise conciliaire, de nombreuses résistances surtout s’il est avéré que la Présence Réelle saute, ou du moins s’il y a équivoque ou doute important sur le sujet.
Et comme la maladie du siècle, y compris dans l’Eglise, c’est la démocratisation des pouvoirs, c’est la discussion, l’échange, la négociation, commencer à ouvrir un débat sur ce sujet, c’est prendre le risque certain de voir retoquer, voire abandonner, le projet de réforme. Hypothèse inenvisageable.
Donc il y a une seule solution, c’est d’abord créer l’effet de surprise, en annonçant une décision sur un sujet très peu abordé jusque là (afin d’éviter les discussions justement), et deuxièmement l’imposer dans un laps de temps très court qui empêche et interdit l’ouverture d’un débat. Bref agir de façon autoritaire, par surprise et par un coup de force.

Le cas des traditionalistes

Reste le cas de la Tradition : comment résoudre le problème ? Car elle est une épine dans leur pied, une morsure au talon, surtout que la Tradition est très dynamique, autant en terme d’affluence de fidèles qu’en terme de vocations religieuses et sacerdotales.
Rome, l’équipe Bergoglio, malgré les pièges tendus par le passé aux traditionalistes et les concessions obtenues de leur part (principalement dans les structures Ecclesia Dei, c’est à dire celles restées rattachées directement à Rome tout en négociant un statut particulier : FSSP, ICRSP, Bon Pasteur…) ont fini par comprendre que tous ces gens ne lâcheraient jamais la messe selon le rite tridentin.
Quand à la structure restée indépendante tout en étant rattachée à Rome, la FSSPX, tout est à recommencer depuis que Benoît XVI a levé les excommunications pesant sur elle et l’a réintégrée dans l’Eglise.
Bien qu’évidemment ils ne le disent pas explicitement, nous vivons dans un monde d’hypocrisie permanente, je pense que les stratèges du Vatican ont trouvé la solution.
Déjà, il fallait à nouveau circonscrire à ces structures traditionnelles, que ce soit la FSSPX et les Ecclesia Dei, l’exclusivité de la célébration selon le rite tridentin. C’est chose faite depuis Traditionis Custodes.
Et ensuite, c’est très simple : il faut tout simplement les inciter à prendre la porte. À faire un schisme. À quitter l’Eglise. Ainsi tout ce qui a trait au rite tridentin sera sorti de l’Eglise et considéré comme schismatique, ce qui posera un énorme dilemme aux fidèles, qui se retrouveront piégés.
Voilà pourquoi le pape François n’a pas fait beaucoup de difficultés à la Fraternité saint Pierre quand elle est venue le trouver pour négocier un nouveau statut dans le cadre de Traditionis Custodes ; il peut leur accorder toutes les concessions qu’ils désirent, de toute façon ils seront bientôt poussés à partir. Car lorsqu’ils révèleront leur projet de nouvelle messe œcuménique modifiant la consécration et supprimant la Présence Réelle, tous les traditionalistes seront obligés de partir, parce qu’ils ne pourront rester en communion avec cette nouvelle Rome, avec cette nouvelle religion universelle.
Mais là où ils sont forts, c’est que les traditionalistes ne seront pas virés, c’est eux qui partiront d’eux-mêmes, la mort dans l’âme. Et qui se retrouveront dans une situation infernale et ingérable : doivent-ils fusionner ? doivent-il recréer une Eglise-bis ? Autant de problèmes insurmontables qui correspondront, d’après ce que j’en ai compris, à la « mort des témoins » et que nous traiterons le moment venu.

Conclusion

Pour moi il ne fait aucun doute que la transformation de l’Eglise catholique est presque achevée, et qu’elle doit finir soit par une réforme du sacerdoce, soit par une réforme de la messe supprimant la Présence Réelle, soit les deux.
Je soupçonne Rome de préparer ce projet de réforme de la messe en cachette afin de bénéficier de l’effet de surprise pour l’imposer d’un coup et autoritairement.
La mutation de l’Eglise catholique sera terminée, elle sera réellement morte, accomplissant doublement les prophéties, à savoir le lynchage de la grande Prostituée (l’Eglise conciliaire) et la mort des Témoins (la Tradition).
Ainsi l’Eglise aura achevé en totalité sa Passion, mort incluse.
Qu’on se rassure, la durée au tombeau est courte et on en connaît l’issue : la Résurrection.
Pour quand toutes ces choses-là ? Très vite après la mort de Benoît XVI, celui qui les retient. Celle-ci ne saurait tarder.

Louis d’Alencourt, le 8 juillet 2022, en la fête de sainte Elisabeth du Portugal

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